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Il poursuit Radio-Canada

L’artiste qui poursuit Radio-Canada s’explique

L’artiste qui poursuit la SRC et Fabienne Larouche souhaite créer un précédent

Alexandre Veilleux
PHOTO COURTOISIE L’artiste montréalais Alexandre Veilleux a déposé une plainte contre Radio-Canada et la maison de production Aetios.

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Alexandre Veilleux, le graffiteur qui poursuit Radio-Canada et la maison de production de Fabienne Larouche pour 45 000 $, estime que ses droits ont été bafoués.

Alexandre Veilleux, le graffiteur qui poursuit Radio-Canada et la maison de production de Fabienne Larouche pour 45 000$, estime que ses droits ont été bafoués.

Comme Le Journal l’a publié hier, l’artiste de 33 ans a lancé des procédures juridiques lorsqu’il s’est aperçu que la Société d’État avait diffusé un de ses graffitis dans le générique des saisons 1 et 2 de l’émission 30 Vies sans son consentement.

«Les producteurs sont allés dans la rue pour prendre des photos d’œuvres sans s’informer si c’était légal ou pas, dit-il. Il y a des gens qui ne veulent pas prendre de recours, mais moi je veux faire un exemple. C’est une question de respect pour notre travail.»

Le tag apparaît sur l’affiche phare de l’émission qui a été également diffusée sur des panneaux autoroutiers. Il a été altéré au montage pour apparaître en bleu et en partie caché par l’image d’un vélo. Mais pour l’artiste, connu sous le nom d’Alex Scaner, on reconnaît très bien sa «signature». Il dit même avoir reçu des appels pour le féliciter d’avoir participé à l’émission.

«Ça ne me dérange pas qu’on prenne mon travail en photo, au contraire. Je considère la ville comme un musée ouvert, dit-il. Mais pas pour l’utiliser à des fins commerciales et sûrement pas en m’associant à une émission alors que je ne l’ai pas demandé.»

L’artiste a approché les studios de production en 2012 pour obtenir compensation. Il ajoute qu’il réclamait au départ bien moins que les 45 000$ de la poursuite. Les discussions n’ont pas été concluantes.

La poursuite fait également état d’un deuxième graffiti qui a été utilisé dans le générique de la saison 3 et auquel Alexandre Veilleux a collaboré. Là encore, la société d’État ne lui aurait pas demandé son accord, selon les documents de Cour.

RECONNAISSABLE

Raymond Viger, le directeur de Café-graffiti, un organisme qui fait dans la réinsertion des jeunes par les arts, dit qu’il a instantanément reconnu la marque de l’artiste sur l’affiche.

«C’est sa signature. Il la reproduit et la vend sur des toiles, explique-t-il. Alex Scaner est quelqu’un qui a une carrière derrière lui. Il a quand même un fan-club conséquent. Je peux donc comprendre sa frustration.»

L’artiste aurait décoré les vitrines des magasins Simons pendant plusieurs années avec les mêmes lettres. Raymond Viger a lui-même vendu quelques-unes de ses toiles à travers la galerie de l’organisme. Celles qui comportent l’inscription peuvent valoir entre 700$ et 1000$. L’artiste a également exposé ses œuvres à New York, à Paris et à Porto Rico.

LÉGAL?

Il n’empêche que pour les non-initiés, l’inscription est difficile à reconnaître, voire à comprendre. Fabienne Larouche, l’auteure de la série, a montré son scepticisme hier dans Le Journal quant à la légitimité de la réclamation, d’autant plus que le tag avait été réalisé de façon illégale. Selon elle, les droits d’auteur auxquels l’artiste prétend ne sont pas si évidents.

L’avocat Vincent Gautrais explique que toute œuvre peut tout de même être protégée par la loi, peu importe la légalité, à condition qu’elle soit originale. Selon lui, la loi est volontairement vague pour laisser aux juges une certaine marge d’interprétation.

«Mais c’est à double tranchant, dit-il. Si on a une définition trop large de ce qui est original, on risque d’avoir des poursuites pour tout et pour rien.»

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