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Postes Canada

Un billet du médecin pour recevoir son courrier à domicile?

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Photo Christine Bouthillier / Agence QMI

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Postes Canada veut obtenir des informations personnelles de ses clients avec des limitations physiques ou à mobilité réduite qui veulent conserver la livraison de leur courrier à domicile.

Bien souvent, le client devra même donner des détails sur son handicap et obtenir un Billet du médecin, a appris la chaîne Argent.

Des sources syndicales nous ont transféré des documents officiels provenant de Postes Canada. Il s’agit de deux formulaires qui seront envoyés à des clients qui affirment être dans l’incapacité de se rendre dans les boîtes postales communautaires que la société de la Couronne veut implanter partout au Québec et au Canada.

Dans ces documents, Postes Canada pose plusieurs questions à ses clients. On demande notamment de détailler leur handicap, de décrire comment leur maladie a une «incidence sur leur capacité de se rendre à la boîte communautaire».

La compagnie veut aussi avoir des preuves médicales. Dans l’autre formulaire, Postes Canada affirme qu’une «certification d’un professionnel de la santé qualifié pourrait être nécessaire».

En bref, si elle le juge opportun, Postes Canada demandera à son client de faire remplir le formulaire par son médecin ou un autre professionnel de la santé. Ce dernier devra donner des informations sur la santé du demandeur, ce qui s’apparente à billet de médecin.

On demande aussi au professionnel de la santé de donner ses propres informations personnelles, notamment son numéro de téléphone afin que Postes Canada puisse entrer en contact avec lui.

Le commissaire à la vie privée interpellé

Mis au courant de ces formulaires, le Commissariat à la vie privée du Canada s’est montré préoccupé et dit vouloir contacter Postes Canada.

«Ces formulaires semblent soulever des questions quant à la quantité et à la nature des renseignements personnels demandés. Le commissariat n'a pas été consulté par Postes Canada en ce qui concerne ces formulaires», a souligné une porte-parole.

De son côté, le syndicat des travailleurs et des travailleuses des postes (STTP) affirme que Postes Canada ajoute l’insulte à l’injure.

«Depuis 2011, Stephen Harper et Postes Canada font preuve de mépris envers les travailleurs des postes, a déclaré Alain Duguay, président du STTP. Mais là, ce mépris est dirigé vers les personnes âgées et personnes à mobilité réduite.»

Selon M. Duguay, il s’agit d’un nouvel épisode d’un mauvais téléroman dans lequel la population n’est pas prise en compte.

«On se rappelle tous la déclaration du PDG de Postes Canada, Deepak Chopra qui disait que nos aînés allaient faire de l’exercice en allant chercher le courrier, a affirmé M. Duguay. Là, c’est encore pire : on veut faire de l’intrusion dans leur vie privée pour leur donner un service auquel il devrait tous avoir droit».

La FADOQ, le NPD dénonce

La Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ) qui dénonce la fin du courrier à domicile torpille aussi la manœuvre de Postes Canada. «Tout est fait à la va-comme-je-te-pousse, sans aucune analyse. C’est abominable ! Là, on entre dans des informations personnelles. On prend en considération que les gens sont des menteurs. Et il ne faut pas l’oublier, il y a des frais associés à cela. Les gens devront payer, ça n’a pas de bon sens», a souligné Danis Prud’homme.

Selon lui, Postes Canada n’a pas réfléchi en mettant en place cette restructuration qui fait mal au Québec. «Peut-être ailleurs, c’est 30 % des gens qui sont touchés, mais ici c’est bien souvent 60-70 % de la population qui recevait son courrier à domicile. C’est au Québec que ça fait mal davantage», a ajouté le directeur général du Réseau FADOQ.

Féroce critique depuis le début du projet, le Nouveau Parti démocratique (NPD) ne mâche pas ses mots pour dénoncer ces méthodes.

«Ils s’appellent Postes Canada et non Santé Canada, a déclaré le député de Rosemont-La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice. Le dossier de santé des gens, ce n’est pas de leur affaire. Ils veulent fouiner dans le dossier des gens, ce n’est pas acceptable. On se rend compte que ce projet, ça a un impact dans la vie des gens. C’est rendu qu’on considère les gens comme des fraudeurs potentiels. C’est quand même incroyable.»

Contactée à ce sujet, Postes Canada a défendu ses manières de faire. «Les renseignements recueillis aideront notre équipe attitrée à mieux comprendre la situation personnelle de ces clients et à entreprendre avec eux un dialogue au sujet du type d’assistance qui serait le plus approprié pour chacun d’eux», a répondu par courriel, la porte-parole Anick Losier.

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