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La vie c’est court, mais c’est long des petits bouts

Le clown était triste. 
Et personne n’a su le faire sourire. 
Le clown est parti.
Illustration Johanna Reynaud Le clown était triste. Et personne n’a su le faire sourire. Le clown est parti.

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On nous apprend à lire, à compter, à regarder des deux côtés avant de traverser la rue.

On nous apprend à lire, à compter, à regarder des deux côtés avant de traverser la rue.

La géographie, la trigonométrie, comment faire une cabane à moineaux avec trois planches de bois.

On nous apprend à conduire, à économiser, à acheter.

Et ainsi va la vie.

Mais personne ne nous apprend à toucher, goûter et entretenir son propre bonheur.

Personne ne nous avertit qu’on peut tout avoir et quand même se sentir vide. Jamais les deux pieds sur terre, jamais dans le même monde que les autres. Les yeux qui voient tout en gris. Toujours en marge, jamais satisfait, jamais comblé par ce qui semble combler nos voisins. Être affolé par son propre silence. Se sentir seul, même entouré. Chercher désespérément à taire un mal-être qui crie trop fort, et demande d’être calmé. Et souvent, on se calme à même la bouteille, avant de se noyer dedans.

Personne ne nous avertit qu’on peut être abandonné. Et que lorsque ça arrivera, ce n’est pas comme dans les films, ce n’est pas après deux boîtes de Kleenex et trois tablettes de chocolat qu’on va s’en remettre.

Qu’un chagrin, qu’un deuil, qu’une épreuve, c’est long.

Qu’un obstacle, ce n’est pas comme à la télé, on ne s’en remet pas en trois épisodes.

Que la déprime, la tristesse et, à l’extrême, la dépression, ça peut devenir un combat de tous les jours, pour le reste de sa vie.

Derrière le plus grand château, la plus belle famille, les plus grands accomplissements, peut se cacher un cœur inassouvissable d’amour et de quiétude. Une incapacité à trouver sa place. Et une lourde impossibilité à goûter au bonheur.

Et c’est là qu’on se sent seul, quand tout le monde veut être à notre place et que notre place, on la donnerait à tout le monde.

Personne ne nous dit

Qu’on peut se sentir seul même devant la foule qui applaudit.

Qu’on peut verser une larme, même au chaud, les pieds dans le sable.

Qu’on peut avoir envie de mourir, même avec son enfant dans les bras.

Et c’est peut-être là que ça fait plus mal. Pas lorsqu’on est victime d’une tragédie ou au fond du baril. À ce moment-là, tout le monde s’attend à ce qu’on soit malheureux. On sait tous quoi faire. C’est normal, d’être triste, anéanti, en détresse, après un choc, une épreuve. Et là, on est moins seul, parce qu’on sait comment soutenir ceux qui crient à l’aide.

Mais comment venir en aide à celui qui a tout et qui n’a plus envie de rien?

Peut-être qu’on se sent encore plus seul et malheureux quand on a tout accompli ce que les autres sont incapables d’accomplir. Peut-être qu’on se sent mal de réussir en faisant quelque chose qui nous semble facile. Peut-être qu’on arrête d’aimer la vie quand on n’a plus l’occasion de se prouver et de courir.

Comment est-il possible de s’attendre à ce que les autres aient de l’empathie quand ils nous envient?

Quel voyage, quel achat, quelle personne va finir par combler le vide existentiel et la douleur de celui qui a tout et fait l’envie de tous? Quoi chercher, à quoi s’accrocher quand même l’amour ne suffit pas?

On nous apprend à lire, à compter, à regarder des deux côtés de la rue avant de traverser.

Mais on ne peut apprendre à l’autre à s’aimer.

On pense qu’en vieillissant on s’assagit et que l’essentiel nous comble davantage.

Mais la vérité c’est qu’on peut avoir de plus en plus de mal à rebondir. Et perdre de plus en plus l’espoir, qu’on finira par guérir de ces blessures qui nous alourdissent.

La vie c’est court, mais c’est long des p’tits bouts. Comme disait l’autre.

Quand on se dit que Robin Williams avait passé le cap de la soixantaine et qu’il a préféré mettre fin à sa vie plutôt que de profiter des dernières années qui lui restaient, on ne peut qu’être confronté à sa propre existence. Saurais-je trouver à quoi m’accrocher? Saurais-je trouver une paix intérieure qui me poussera à continuer?

Le clown était triste. Et personne n’a su le faire sourire. Le clown est parti.

C’est à nous maintenant de chercher à comprendre, comment nous pourrons dorénavant, consoler les clowns et leur donner envie de continuer à nous faire rire.

 
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