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Lettre du maire

Je suis un social-démocrate en colère

regimes de retraite, commission parlementaire, Labeaume
SIMON CLARK / JOURNAL DE QUEBEC

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Le projet de loi 3 répond à la nécessité de mettre fin à une profonde injustice sociale, fiscale et intergénérationnelle dont les contribuables québécois et notre jeunesse font les frais. Ce projet de loi est absolument pertinent, juste et incontournable.

Le gouvernement du Québec fait preuve d’un courage politique que nous saluons. Il ne doit pas douter un seul instant de l’appui massif des Québécois dans ce débat, surtout des 65 % de la population ne possédant pas de régime de retraite et se demandant avec appréhension, voire avec angoisse, s’ils auront les ressources nécessaires pour vivre décemment leur retraite.

Des mythes ont la vie dure

D’abord, il y a le mythe des déficits qui se résorberont grâce aux rendements boursiers. C’est totalement faux! Comme l’a affirmé le comité D’Amours et je le cite: «certains croient qu’une embellie des marchés, soutenue et significative, réglera les problèmes à long terme, et qu’il suffit d’être patient. Une telle embellie appartient plutôt au mirage».

Ceux qui prétendent le contraire ont un discours purement «jovialiste». À cause de l’évolution des tables de mortalité. Grand bien nous fasse, les Québécois vivent plus vieux. Cette situation est toutefois désastreuse sur la capitalisation des régimes de retraite.

Pour beaucoup d’employés municipaux, les années de retraite dépasseront le nombre d’années au travail.

Deuxième mythe qui a la vie dure: les employés crient au vol en affirmant que les Villes ont profité de congé de cotisation. Il est faux de prétendre que le déficit est dû à des congés de cotisation pris par les municipalités. À Québec, le seul arrêt temporaire de cotisation qui a eu lieu s’est déroulé jadis à la Ville de Sainte-Foy. Il s’appliquait tant aux employés qu’à l’employeur et n’a duré qu’une courte période, en 1998 et 2001 pour environ 11 M$. De plus, cet arrêt de cotisation était obligatoire en vertu des lois fiscales fédérales.

Ensuite, il y a le mythe qui cherche à faire croire que les employés municipaux ont accepté de moins bons salaires en contrepartie de régimes de retraite plus avantageux. À moins qu’on nous explique pourquoi la rémunération totale des employés municipaux dépasse de 37,9 % celle des employés du gouvernement du Québec (18,3 % si on ne considère que l’élément salarial), je crierai à l’indécence concernant cet argument.

Autre mythe: les Villes cherchent à appauvrir les retraités en exigeant un retour vers le passé en suspendant l’indexation de leur pension pendant quinze voire vingt ans. Rien de plus faux! Dès 2017, soit dans moins de 3 ans, les retraités de 3 des 6 régimes de retraite de la Ville pourraient voir leurs rentes pleinement indexées des pourcentages d’indexation de 2014, 2015 et 2016. Les retraités d’un quatrième régime bénéficieraient quant à eux d’une indexation partielle. Pour les 2 autres régimes, cette indexation pourrait être rétablie concrètement dans moins de 6 ans.

Dernier mythe auquel je voudrais m’attaquer, c’est celui en vertu duquel les élus seraient des enfants gâtés qui exigent des autres des sacrifices qu’ils ne souhaitent pas faire eux-mêmes. C’est encore totalement faux! Je crois que le projet de loi 3 doit aussi s’appliquer à tous les élus municipaux.

La Tour de Pise

Loin de moi l’idée d’ostraciser les syndicats mais force est d’admettre que le balancier penche beaucoup trop du même côté. Je l’ai dit et le répète: je suis un social-démocrate en colère qui cherche à rétablir ou à remettre de l’équité dans le système.

Je rappelle qu’à Québec, nous avons dernièrement réglé avec les cols bleus et les cols blancs.

Je demande au gouvernement de ne pas dévier de sa route et de garder le cap. Des changements mineurs seront peut-être nécessaires au projet de loi 3, mais la volonté politique qu’il sous-tend ne doit en aucun temps être modifiée.

 

Régis Labeaume, maire de Québec

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