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Aimer, boire et chanter

La chance d’exister

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Avant de nous quitter en mars dernier à l’âge de 91 ans, Alain Resnais nous a offert un magnifique dernier tour de piste avec Aimer, boire et chanter, son film ultime.

Avant de nous quitter en mars dernier à l’âge de 91 ans, Alain Resnais nous a offert un magnifique dernier tour de piste avec Aimer, boire et chanter, son film ultime.

Entre théâtre et cinéma, l’œuvre qui réunit sa troupe de fidèles est un véritable pied de nez à la mort.

Adapté de Life of Riley, une pièce d’Alan Ayckbourn (auteur anglais déjà porté au grand écran par le réalisateur français dans Cœurs et No Smoking), son 19e long-métrage nous transporte dans la campagne du Yorkshire avec des décors et des façades faites de carton et de dessins, un procédé déjà utilisé par Resnais.

Sur cette scène à l’atmosphère surannée, trois couples tentent de s’organiser face à une terrible nouvelle. À leur stupéfaction, ils apprennent qu’un des leurs, un prénommé Georges Riley, est atteint d’un cancer foudroyant. Pour soutenir le malade, ils lui proposent de se joindre à leur groupe de théâtre local. Mais ce Georges qu’on ne verra jamais est un mystérieux séducteur dont les charmes dévastateurs ne seront pas sans effet sur les dames.

Car Georges, aussi absent soit-il, est bien présent tout au long d’un récit inventif aux dialogues délicieux. À travers le passage des saisons, les femmes s'emballent, les maris doutent révélant des sentiments enfouis. Mais surtout, en opposition avec sa mort imminente, il fait prendre conscience de la chance d'exister.

Fidèle à lui-même

Même s'il s'agit de son film conclusion, Resnais est resté fidèle à lui-même. Il n'a jamais été lourd, même lorsqu'il a abordé des sujets plus graves. Ainsi, la force de ce beau film réside dans l'incroyable joie de vivre qui s'y dégage.

Aimer, boire et chanter est à la fois drôle et cruel, mais surtout il fait réfléchir sur notre propre condition.

À l’avant-scène de cette œuvre: Sabine Azéma (épouse du cinéaste) et André Dussollier brillent. À leurs côtés, Sandrine Kiberlain et Hippolyte Girardot s'ajoutent à la famille. Ils interprètent des personnages fragiles, emplis de contradiction. Des rôles à la fois complexes et amusants que seul Resnais savait leur offrir.

Le film qui a remporté en février dernier l’Ours d’argent Alfred-Bauer de la découverte à la Berlinale décortique les mœurs avec un malin plaisir. Aimer, boire et chanter n’est pas du tout un chant du cygne. Il est au contraire un hymne puissant à la jeunesse et la fougue d’un réalisateur éternel.

  • Aimer, boire et chanter (4/5)
Film de Alain Resnais. Avec Sabine Azéma, André Dussollier, Hippolyte Girardot, Sandrine Kiberlain.
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