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Le courrier

Les mythes du travail du sexe

Maxime Durocher
Photo courtoisie Maxime Durocher

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Le nouveau projet de loi anti travail du sexe du gouvernement Harper, le C36, me choque. Basé sur de la désinformation et clairement en opposition avec le jugement de la Cour suprême du Canada dans le cas Bedford, il continue à bafouer les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses du sexe (TDS). Dans le but de mieux informer le public et de m’opposer à cette mascarade, je désamorcerai ici les 5 plus grands mythes sur la prostitution:

1 - On ne refuse aucun client parce que l’on se fait payer. Même les travailleuses de rue choisissent leurs clients. La conversation est courte et elles doivent faire confiance à leur instinct, mais elles ne suivent pas n’importe quel étranger. Les escortes sur Internet, comme moi, filtrent et passent au peigne fin toutes les demandes et refusent celles qui ne correspondent pas à leurs critères.

2 - On fait tout ce que le client demande: ce n’est qu’une question d’argent. Tout TDS a ses limites. Nous n’offrons que ce que nous sommes d’accord d’offrir. Tout l’or du monde ne pourrait nous contraindre à faire ce que nous ne voulons pas. Il est vrai que pour certaines activités, nous demandons un supplément, mais c’est simplement parce notre tarif de base inclus ce que nous aimons le plus. Le client n’est pas roi.

3 - Ce n’est que du sexe. Certains ne veulent que du sexe, mais bien des clients racontent leur vie et passent la majeure partie de l’heure qui leur est assignée à jaser. Beaucoup d’entre eux désirent de la compagnie, prendre du temps simplement pour se coller ou échanger des câlins. La liste est bien longue de ce qu’un client peut vouloir à part le sexe.

4 - Plus on est jeune, mieux c’est, et la durée de notre carrière est très courte. Ce mythe est aussi colporté à l’intérieur de notre univers fermé et pourtant, bien des TDS plus âgés gagnent bien leur vie, souvent avec des clients très réguliers. Beaucoup de clients préfèrent des personnes plus près de leur âge, afin d’entrer plus facilement en relation. Cela a pour effet de donner la possibilité aux TDS qui le désirent d’avoir une longue carrière. Nombre d’entre nous ont des carrières de 10, 15, voire 20 ans, vieillissant avec nos clients.

5 - C’est un domaine contrôlé par les hommes. Voici un autre mythe qui est aussi colporté dans le milieu et peu de travailleuses en sont conscientes. Il est vrai que bien des propriétaires d’agence sont des hommes, mais ceux-ci n’ont que rarement le contrôle sur celles qui devraient travailler pour eux. Les faits le démontrent bien. Celles-ci peuvent prendre congé pour des raisons bidon, même plusieurs jours en ligne, sans conséquence (ou à peine quelques remontrances) et, surtout, sans perdre leur emploi. Quel autre domaine laisse une telle latitude aux employés? En fait, elles utilisent les agences pour leurs services: réceptionniste, chauffeur, chambre, annonces. Si elles ne sont pas satisfaites? Elles changent d’agence, et ce, jusqu’à ce qu’elles aiment les services offerts.

Maxime Durocher, escorte pour femmes

 
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