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Parce que je ne veux pas te faire mourir

Je n’en peux plus de faire mourir des gens. De les laisser entrer dans ma vie, de les voir à tous les jours, de vivre des moments uniques. Et, du jour au lendemain, qu’ils disparaissent et ne fassent plus partie de ma vie.

Faire mourir les gens
Illustration Johanna Reynaud

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-Ça ne marche pas nous deux.

-Ça ne marche pas nous deux.

-Je sais.

-Alors pourquoi veux-tu continuer ?

-Parce que je suis tannée de faire mourir des gens.

Hum. Je me suis demandée cette semaine si notre façon de vivre les relations hommes-femmes, qu’elles soient passagères, passionnées, plus longues ou platoniques, était normale. S’il était normal pour les gens de ma génération, qu’ils connaissent autant de relations dans leur vie.

Ne vous méprenez pas, je ne parle pas ici d’un retour en arrière, du mariage forcé et du « aimons-nous jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Je ne remets même pas en question le fait que les relations durent moins longtemps qu’avant. C’est bien, d’avoir le choix.

Je me demande seulement si psychologiquement, nous sommes programmés pour vivre autant de départs, de deuils, de rejets et de recommencements ? Sommes-nous assez bien outillés pour faire face à tous ces changements ?

Est-ce que nos cœurs sont assez bien accrochés pour recommencer 100 fois la même rencontre ?

Oui, la même rencontre.

Cet individu, qui est d’abord un inconnu qui arrive, qu’on laisse entrer dans notre vie, avec qui on partage un peu de soi, avec qui on risque de se dévoiler, et puis...et puis...

Ça ne marche pas.

Et on recommence.

Et plus on recommence, et plus on a peur.

Les générations précédentes se mariaient peut-être pour les mauvaises raisons, elles ne s’aimaient peut-être pas non plus de la bonne façon, mais elles ne passaient pas leur vie en quête d’une relation, d’un amour idéal, jusqu’à ce que leur cœur chavire et que deux êtres plongent pour bâtir par amour.

Les générations précédentes n’étaient donc pas confrontées constamment à leur valeur et à leur estime personnelle en raison de la possibilité des choix.

Maintenant

Maintenant, nous sommes tous là, égratignés par la force des choses, parce que l’être humain a choisi d’être libre, cette liberté qui fait en sorte qu’il est devant une tonne de choix sans qu’aucun ne garantisse son bonheur et que tous risquent de le blesser un jour ou l’autre.

Je ne suis pas défaitiste, je suis une grande romantique.

Je me réjouis qu’un mariage sur deux fonctionne. Je vois le bon côté des choses. Mais parfois, je m’épuise à entendre les histoires de mes copains et copines, en quête d’amour, de bonheur, et à me rappeler leur solitude. Je suis attristée de voir les nombreuses blessures au cœur et l’âme cicatrisée de mes amis, trop souvent confrontés à des rencontres difficiles. Trop souvent, trop longtemps.

Mais je le répète, je suis une optimiste !

Je trouve cela plutôt réjouissant qu’on cherche à être aimé, à être choisi, et rechoisi.

Mais...

- Que veux-tu dire par là ?

- Je n’en peux plus de faire mourir des gens. De les laisser entrer dans ma vie, de les voir à tous les jours, de vivre des moments uniques. Et, du jour au lendemain, qu’ils disparaissent et ne fassent plus partie de ma vie. C’est pour ça que je ne veux pas que ça finisse. Parce que je ne veux pas, te faire mourir.

 
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