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Nabucco c’est pas du gâteau

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                                     Nabucco

La critique qui va suivre n’a rien à voir avec la foule complètement subjuguée qui a accueilli le Nabucco de Verdi, 1ere représentation de l’Opéra de Montréal pour la saison 2014-15.

Lors de mon retour, je songeais à cette réplique assassine du scénariste Michel Audiard dans Le Président  (roman de George Simenon) avec en vedette Jean Gabin : « Ma chère amie, Wagner est inécoutable ou sublime selon les gouts, mais, exquis... surement pas ». Voilà le dilemme auquel était confronté votre blogueur, après ces envolées vocales qui relevaient du tour de force mal contrôlée et d’un manque total de jeu scénique à une exception près.

Nabucco « drame historique » porte en son cœur l’affrontement entre le roi de Babylone : Nabuchodonosor qui veut faire plier le peuple hébreu en les rendant esclaves. L’une des Filles du roi Fenena est retenue en otage par Zaccaria, le grand prêtre des Hébreux tandis que Abigaille, fille illégitime de Nabucco veut anéantir soin père et sa véritable fille. Un drame épique, souvent violent où tous les ressorts d’un « bon polar » sont présents.

De cette production à très grand déploiement : costumes impressionnants, décors remarquables, figurants à la hauteur, le spectateur est tout d’abord saisi par cette armada chatoyante pour l’œil qui hélas, masque un nombre de défauts (et nous sommes bons, considérables). En premier lieu, l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Francesco Maria Colombo accompagnait assez platement et le premier cuivre fort important n’avait pas l’air dans « son assiette » : attaques peu soutenues, un certain manque de souffle et de présence et quelques « dérapages ».

À l’opéra, nous attendons d’une où d’un interprète qu’elle chante, cela tombe sous le sens et qu’elle joue son rôle par le fait même, ce qui ne fut pas le cas pour la soprano russe Tatiana Melnychenko (Abigaille). Maniant son épée vengeresse comme un gourdin ou une matraque (je songeais à certaines matrones d’Unité 9), elle en était presque risible et nous ne parlerons pas de son « tour de chant », véritable expression de mauvais gout où elle poussait la note, sans traduire la moindre émotion possible, et ce, même dans la scène finale (faut le faire). De sa timorée sœur Fenena, la mezzo-soprano américaine Margaret Mezzacappa, là encore, une voix potable, mais peu de style qui la confinait au rôle de plante verte!

Zaccaria, grand prêtre des Hébreux interprété par le basse Ievgen  Orlov ne nous pas laissé une grande impression : froides intonations à la limite du mécanique, jeu incertain, quel ennui.

Un roi et des chœurs... nous furent sauvés

Sans contredit, le pilier de la soirée fut le baryton italien Paolo Gavanelli dans le rôle de Nabucco. De l’intensité, une voix qui vous touche au cœur, un jeu scénique impressionnant (il domine tout) et comme un tourbillon, il « aspire » la production. Parce que Nabucco est aussi une affaire de chœurs, là encore, précision, flamboyante, et esprit de corps surtout dans l’archiconnu : Va, Pensiero des Hébreux (récupéré ad nauseam par le cinéma et la publicité)

Jusqu’au 27 septembre. Salle Wilfrid-Pelletier