/news/politics
Navigation
Forages à Cacouna

Le mystère plane sur l’autorisation donnée par Heurtel

Philippe Couillard, Asemblee Nationale, premier ministre,
SIMON CLARK / JOURNAL DE QUEBEC Le premier ministre Philippe Couillard.

Coup d'oeil sur cet article

Un mystère plane sur l’autorisation donnée par le gouvernement Couillard à des travaux de forage au cœur d’une pouponnière de bélugas dans l’estuaire du Saint-Laurent.

Mardi, la Cour supérieure a stoppé temporairement ces travaux menés par TransCanada. Dans sa décision, la juge Claudine Roy souligne que le ministre de l’Environnement David Heurtel a approuvé le projet «pour des raisons inexpliquées» et sans s’assurer que l’espèce en voie de disparition était bien protégée.

La biologiste responsable du dossier s’est pourtant montrée «inquiète de l’effet des travaux projetés sur ses bélugas». Malgré ses demandes insistantes, ni TransCanada ni Pêches et Océans Canada n’ont répondu à ses questions  «fort légitimes» concernant l’impact des forages sur les bélugas, dit la juge. Le mammifère marin est menacé et le ministre de l’Environnement a «le devoir» de le sauvegarder.

Coup de théâtre

Or, le 13 août, coup de théâtre: la fonctionnaire achève son rapport d’analyse «dans lequel elle recommande la délivrance du certificat d’autorisation».

Ce rapport, souligne la juge, «ne fait pas ressortir les questions qui demeurent non répondues et qui inquiétaient son auteur depuis le début de l’analyse, ni les limites des connaissances scientifiques, ni pourquoi finalement [la biologiste] choisit de recommander la délivrance du certificat d’autorisation».

Les inquiétudes de la «jeune biologiste qui en est à sa première année comme analyste au ministère» ont tout simplement disparu.

Plus étrange encore, Pêches et Océans Canada a refusé de donner un avis scientifique formel au ministère de l’Environnement.

D’autres éléments troublants sont soulevés par la juge. «Aucun des représentants du ministère ayant travaillé sur le dossier ne connaît les mammifères marins», déplore cette dernière.

Ces personnes n’ont pas consulté le Comité sur le rétablissement du béluga, alors que plusieurs de ses membres «sont des représentants du gouvernement du Québec», s’étonne Mme Roy.

Le ministre Heurtel a même demandé à TransCanada de «signer un engagement écrit stipulant que les travaux ne causeront pas de préjudice aux mammifères marins», ce que l’entreprise a refusé de faire.

Malgré tous ces éléments et «pour des raisons inexpliquées à ce stade du dossier, le ministre décide alors de délivrer le certificat d’autorisation», note la juge Roy.

Les travaux vont reprendre, dit Couillard

De son côté, le premier ministre a réagi au jugement en affirmant que les travaux de TransCanada sont «absolument nécessaires» et qu’ils se poursuivront.

La Cour supérieure a ordonné l’arrêt des travaux jusqu’au 15 octobre. Après cette date, les forages recommenceront, a promis Philippe Couillard.

Ils sont nécessaires pour faire une évaluation environnementale du projet de terminal pétrolier à Cacouna, qui servira à exporter par voie maritime du pétrole albertain à l’étranger, a-t-il expliqué en point de presse.

Il croit que le jugement de la Cour supérieure «souligne un important enjeu de communication entre deux gouvernements», mais ne critique pas le processus du ministère.

Heurtel trop occupé pour s’expliquer

Le ministre Heurtel, toujours à New York pour le sommet sur les changements climatiques, avait mercredi «un horaire trop chargé» pour parler aux médias, a expliqué son attaché de presse.

Il a pourtant été une cible de choix à la période de questions. «M. Heurtel est-il le ministre des pétrolières ou le ministre de l'Environnement?», s’est indigné le péquiste Sylvain Gaudreault.

«Insensé»

Il accuse le gouvernement Couillard d’être «à la solde» de Transcanada et exige l’annulation du certificat d’autorisation, ainsi que le déclenchement «immédiat» des travaux du Bureau d’audience publique en environnement.

La députée solidaire Manon Massé a même accusé le ministre Heurtel de ne «pas respecter nos lois québécoises en favorisant les forages à Cacouna». Elle qualifie le projet de terminal pétrolier «d’insensé.»
 

Sur le même sujet
Commentaires