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Loi 10

«Tous les ingrédients sont là pour un dérapage»

Quebec, Assemblee nationale
Les archives, Stevens LeBlanc La directrice générale de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Diane Lavallée

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«C'est la mainmise totale du ministre Barrette sur le réseau de la santé», dénonce la directrice générale de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Diane Lavallée, à la suite du dépôt du projet de loi 10 qui changera en profondeur le réseau québécois.

La réforme annoncée jeudi est centrée sur le ministre et non sur le patient, déplore Mme Lavallée. «Tous les ingrédients sont là pour un dérapage. Le ministre vient en outre affaiblir la recherche universitaire en Estrie et à Québec pour la concentrer dans la métropole», lance-t-elle.

Sous le couvert de l'élimination d'un palier de gouvernance (les agences régionales), le ministre procède à une centralisation sans précédent des pouvoirs et des responsabilités des établissements, pourfend l'AQESSS.

«C'est le ministre qui va nommer les pdg des nouveaux centres intégrés de santé et de services sociaux. Il va même nommer les citoyens qui vont siéger aux différents conseils d'administration. C'est du jamais-vu! Le ministre Barrette aura le pouvoir de haut en bas. Il vient politiser tout le réseau», s'indigne Mme Lavallée.

Elle rappelle que 3600 bénévoles sont actuellement membres des conseils d'administration des établissements. «On va éloigner les prises de décision des citoyens en les concentrant sur de grosses structures administratives. La population de Charlevoix ne va pas s'y retrouver. Même chose pour la population de la Beauce et d'autres régions du Québec», déclare Mme Lavallée.

Elle compte bien faire entendre ses arguments en commission parlementaire sur l'étude de ce projet de loi. «On a fait des propositions afin de revoir tout ce qui n'est pas pertinent dans le réseau de la santé. Le surdiagnostic coûte des milliards», illustre Mme Lavallée.


Surpris de l'ampleur de la réforme

Le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) se dit surpris de l'ampleur de la réforme proposée par le ministre Barrette.

«On éloigne les prises de décisions des citoyens», déplore le directeur général du RPUC, Pierre Blain, qui s'interroge sur la création d'un seul Centre intégré de santé et de services sociaux pour toute la Gaspésie, par exemple.

S'il se réjouit que les conseils d'administration des établissements puissent continuer à rendre des comptes publics, M. Blain ne voit pas d'un bon oeil que le ministre nomme la haute direction des établissements.

«C'est une préoccupation pour nous. On avait changé le système; on ne veut pas que la partisanerie refasse surface. Il faut faire en sorte que le bon gestionnaire puisse être nommé de façon neutre», précise-t-il.

Chicanes de clocher

M. Blain dit espérer que les regroupements d'établissements mettent fin aux chicanes de clocher. «Ce qui est intéressant, c'est qu'on va arrêter de se battre pour savoir où on envoie le patient.»

Par contre, à l'intérieur d'un même centre intégré, les missions seront très différentes. Or, on coupe plus facilement dans le maintien à domicile que dans les soins spécialisés d'un hôpital universitaire, s'inquiète M. Blain.

«Les décisions concernant les problèmes à l'urgence d'un établissement se règlent localement, pas d'en-haut. Il faudra déléguer au niveau local. Il y a encore beaucoup de questions autour de cette réforme. On ne peut pas donner un chèque en blanc au gouvernement», soulève-t-il.
 

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