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Le miracle aura-t-il lieu ?

le ministre, en sa seule personne, ne pourra contenir toutes les frustrations du réseau

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Torse bombé, fier de son coup, Gaétan Barrette s’exprime avec l’assurance de celui qui sait de quoi il parle.


Torse bombé, fier de son coup, Gaétan Barrette s’exprime avec l’assurance de celui qui sait de quoi il parle.

Il faut le reconnaître, le ministre de la Santé est drôlement convaincant quand il vante les avantages de sa nouvelle réforme. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si on n’avait pas déjà entendu mille fois le même laïus de gens tout aussi bien intentionnés, mais qui se sont cassé les dents sur ce projet plus qu’ambitieux.

Le ministre a beau être plus fin que la moyenne, et nettement plus directif, il faut plus qu’un front de bœuf et un projet de loi centralisateur pour que le système suive. La négociation avec ses confrères médecins, c’est de la petite bibine comparée à la réticence légendaire du milieu de la santé et des services sociaux. Ce paquebot ne pourra «se revirer sur un dix cennes» sans l’acceptation du «changement de culture» proposé par le ministre. Et c’est presque un miracle qu’il nous faut!

Out ! les agences régionales

Le projet de loi 10 repose essentiellement sur l’abolition des agences régionales et d’une centaine de conseils d’administration de centres de santé et de services sociaux. On coupe dans la bureaucratie. Soit. Des CSSS, on passe aux CISSS: des centres intégrés imputables au ministre de la santé lui-même.

On peut supposer qu’en coupant des niveaux décisionnels, les désirs du ministre Barrette seront exaucés en haut lieu. Mais ces monstres de structures seront-ils plus faciles à gérer au quotidien? Pas sûr du tout. Pour bien des travailleurs du milieu de la santé, ça ne fera qu’empirer la situation sur le terrain.

Par ailleurs, le ministre, en sa seule personne, ne pourra contenir toutes les frustrations du réseau. On le voit mal passer ses journées à rediriger les ressources là où sont les besoins. Bien qu’il s’allie des directeurs généraux qu’il aura lui-même nommés, le ministre n’est pas Dieu. Désolée de dégonfler «sa balloune», mais il ne pourra être partout.

Et le patient là-dedans ?

Ultimement, c’est la question qui nous intéresse. C’est le premier objectif du projet de loi Barrette: modifier l’organisation du réseau, simplifier l’accès aux services pour la population, contribuer à améliorer la qualité des soins et accroître l’efficacité du réseau.

On peine à voir dans la nouvelle organisation du réseau en établissements suprarégionaux la cure miracle qui viendra assurer aux patients d’être soignés plus vite, sans y perdre au change. On attend en moyenne 17 semaines pour voir un spécialiste. Rien ne garantit que ce délai raccourcira.

Des changements de nom, on a déjà vu ça: centres régionaux devenus des régies régionales, agences de santé ou nouveaux centres intégrés, sommes-nous en train de changer quatre «trente sous» pour une piastre?

On brandit à terme d’importantes économies dans le réseau. Et si l’exercice n’était que financier? Fascinante gymnastique intellectuelle que celle du ministre Barrette. On aurait souhaité que la lumière de la logique économique l’allume plus tôt, alors qu’il négociait des conditions très avantageuses à ses confrères spécialistes.

Décidé à s’imposer, il s’assume. «Là, ma job, c’est qu’on ne retourne pas en déficit.» Moi qui pensais que c’était de s’assurer qu’on soit bien soigné. C’est à son tour de dégonfler ma balloune!

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