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SANTÉ

Réforme de la santé : un gigantesque chantier

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Il faut saluer le projet du ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barette. En annonçant l’abolition des 18 agences régionales pour les remplacer par des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), il lance une réforme majeure qui, si elle réussit, pourrait guérir le système de santé québécois de certains de ses maux bureaucratiques.

Il faut saluer le projet du ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barette. En annonçant l’abolition des 18 agences régionales pour les remplacer par des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), il lance une réforme majeure qui, si elle réussit, pourrait guérir le système de santé québécois de certains de ses maux bureaucratiques.

L’idée de réforme des structures de la santé n’est pas nouvelle.

L’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP) propose aussi l’abolition des 18 agences régionales de santé pour les remplacer par de nouvelles structures, soit 10 régions de services qui auraient le mandat de déployer les fonds et les ressources en fonction des besoins de leur territoire. Dans chaque région, il y aurait donc une entité administrative chargée de planifier, d’organiser et d’administrer l’offre de services dans un territoire donné.

Toutes les recommandations de l’Institut découlent de la recommandation principale qui est la suivante:

«Outre le ministre de la Santé et des Services sociaux [MSSS], dont la responsabilité est de gouverner [et non de gérer], la structure du système de santé devrait reposer sur une dizaine de régions de services tout au plus. La région de services aurait des pouvoirs importants dans la répartition des ressources matérielles, financières et humaines… Le conseil d’administration se composerait d’au plus 15 personnes crédibles et dont la majorité serait des administrateurs indépendants.» Cette recommandation ressemble étrangement à l’annonce du ministre et va même plus loin en diminuant le nombre d’instances régionales.

Libérer la gestion de la politique

Si ces changements provoquent une diminution de la bureaucratie, une augmentation des responsabilités et de l’imputabilité des gestionnaires et un meilleur service aux patients, bravo.

J’ai toujours cru qu’il fallait libérer la gestion du système de santé des petites influences politiques à courte vue; plus simplement, il faut dépolitiser la gestion des services de santé: les gouvernements doivent établir des politiques de santé et arrêter de faire de la politique avec la santé.

Par contre, ce n’est pas la première fois qu’on modifie les structures sans jamais les diminuer. Winston Churchill a déjà dit: «On structure nos structures et après, elles nous structurent». De leur côté, les analystes D. Osborne et T. Gaebler (1) rapportent: «Les systèmes publics actuels gaspillent la créativité, les talents et l’énergie. Ce n’est pas en dépensant plus ou en dépensant moins, en devenant public ou privé, qu’on va régler les problèmes, c’est en réinventant les fonctions».

Depuis les années 60, nos gouvernements et les syndicats ont développé des structures lourdes et complexes qui tentent de gérer tous les aspects de la vie des citoyens. Il est grand temps d’en finir avec cet immobilisme. Le ministre Barrette réussira-t-il à traverser ce mur?

Si le ministère n’augmente pas encore ses tentacules, si les conseils d’administration des CISSS sont vraiment constitués de gens indépendants de la politique et si ces nouvelles entités ont la liberté et le financement nécessaire pour bien gérer les services de santé et les services sociaux dans leurs régions, il faudra applaudir cette réforme.

Le chantier est gigantesque et il sera semé d’embûches.

N’oublions pas que c’est un peu ce qui devait arriver quand les régies régionales sont devenues des agences et qu’à peu près rien n’a changé. Il ne faudrait pas qu’à nouveau on change «Une piastre pour quatre trente sous».


(1) Osborne, D. et Gaebler, T. Reinventing government, New York, Plume, 405 pages, 1993.​

 

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