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L’enseignante de mes 7 ans

L’enseignante de mes 7 ans
Illustration Christine Lemus

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Une inconnue est venue me parler, pour me rappeler que j’avais été une gentille petite fille souriante avec des yeux magnifiques! Ma foi du Bon Dieu, mais que me vaut l’honneur de tous ces compliments, tout d’un coup, sur Twitter un soir de semaine? Et de qui proviennent-ils?

Une inconnue est venue me parler, pour me rappeler que j’avais été une gentille petite fille souriante avec des yeux magnifiques! Ma foi du Bon Dieu, mais que me vaut l’honneur de tous ces compliments, tout d’un coup, sur Twitter un soir de semaine? Et de qui proviennent-ils?

Andrée.

Mon Andrée.

J’ai fermé mon ordinateur, sous le choc, émue sans bon sens.

J’ai texté ma mère: «J’ai retrouvé Andrée. Et elle se souvient de moi. Et elle a gardé mon dinosaure jusqu’à sa retraite».

J’avais sept ans. J’avais passé mon enfance dans le Bas-Saint-Laurent. Avec des bons amis, une grande famille hyper-présente...

Puis, du jour au lendemain, mes parents ont déménagé à Québec. Me voilà donc catapultée dans une ville, à côtoyer des enfants de ville, à m’adapter à ma nouvelle vie et à faire beaucoup de «bécyke-tu-seule».

J’étais une solitaire, mais qui adorait la compagnie des gens. Étrange paradoxe... J’aurais voulu avoir des tas d’amis, mais quelque chose clochait, dans ce nouveau milieu où je trouvais les enfants très différents de mes amis de la campagne. M’enfin... des histoires de cour d’école.

L’amour des sciences

Ma mère m’avait inscrite dans une école primaire, axée sur les sciences, ma passion de l’époque. (Oui, j’étais une enfant geek, je lisais des livres, j’avais un télescope, j’aimais mieux regarder dans mon microscope que de jouer au ballon-chasseur. Je sais, je sais, c’est étonnant.)

Difficile de s’intégrer dans un nouvel environnement à sept ans.

On peut vivre beaucoup de solitude, mais mon Dieu que ça fait fleurir notre imagination. Et que ça a sûrement fait en sorte que je m’adapte facilement... Mais pour s’adapter, il faut des gens qui nous aiment et nous acceptent.

Andrée était mon enseignante de deuxième année. Une professeure si marquante que je me rappelle avec une clarté surprenante cette année de ma vie. Je me rappelle m’être perdue toute seule dans ma nouvelle cour d’école et d’elle qui vient vers moi le sourire aux lèvres pour m’annoncer que j’allais être dans sa classe.

Elle qui trouvait fascinant que je vienne de la région de Kamouraska.

Elle qui me complimentait tous les jours sur mes yeux.

Elle qui débordait de joie de vivre et d’amour pour son métier.

Elle qui m’a tant appris...

Chère Andrée...

Chaque fois que ma mère a été exaspérée par mon esprit trop libre, mon côté lunatique, de fille qui ne fait jamais rien comme tout le monde, elle me rappelait qu’un professeur lui avait dit de me laisser être qui je suis.

Vous êtes la seule à avoir compris cela. Les «Kim est toujours dans la lune, y’a rien à faire avec elle!» avaient été remplacés par des «Kim est curieuse, c’est un esprit libre, elle se lève dans la classe pour toucher les choses, laissez-la faire, laissez-la tranquille».

Merci d’avoir alimenté ma passion des sciences et merci de m’avoir laissé être tête en l’air dans la classe, me lever à tout bout de champ pour observer les criquets dans le vivarium et comprendre que malgré ma tête dans les nuages, j’aimais apprendre.

Grâce à vous

Si je peux encore me promener dans le bois 24 ans plus tard et reconnaître les champignons et pouvoir en manger sans m’empoisonner, c’est grâce à vous.

Quand je lève les yeux et que je sais que la pluie s’en vient parce qu’il y a trop de cumulo-nimbus dans le ciel, c’est grâce à vous.

Aujourd’hui, je peux montrer du doigt un dinosaure dans un film et m’écrier «c’est un diplodocus! LE plus grand des dinosaures!» Et c’est grâce à vous.

Pour vous remercier de la magnifique année à vos côtés, je vous avais fait un dinosaure en plâtre, que j’avais peinturé. Un tyrannosaure. Il a décoré votre classe jusqu’à votre retraite. Il vous a accompagné tout au long de votre carrière comme votre enseignement m’a accompagné tout au long de ma vie.

Merci d’avoir fait ressortir le meilleur de moi et d’avoir cru en moi.

Tellement désolée de vous apprendre que ma passion pour les sciences a frappé le mur de ma haine pour les mathématiques. Mais bon, je crois avoir trouvé ma place dans le monde. C’est déjà beaucoup.

 

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