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Les fuites policières et les sources

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Dans un texte fort bien écrit dans La Presse, Patrick Lagacé racontait avant-hier sa récente rencontre avec deux enquêteurs de la Sûreté du Québec. Avec sa verve habituelle et force détails, il nous sert à sa façon la tentative des enquêteurs de connaître les sources journalistiques ayant permis à La Presse de révéler certains détails de l’enquête touchant le dossier Ian Davidson.

Chemin faisant, il en vient à vouloir faire la démonstration qu’il s’agit d’une autre preuve des agissements de la police politique qu’est la SQ. Le propos est bien servi, la conclusion rapidement tirée. L’enquête de la SQ au sujet de la collusion Laval a foiré en 2003 à cause du « politisme » de la police. C’est la même chose au sujet de Michel Arseneault. Ce dernier a été mis au courant qu’une enquête le visait, maudite police politique de merde !

C’est pas mal plus spectaculaire de blâmer la police et d’insinuer l’influence des politiciens que de dire qu’à Laval, c’est le Bureau de la Concurrence du Canada qui a hérité de l’enquête à l’époque. Ou encore que Michel Arsenault était pressenti à siéger à la Caisse de dépôt jusqu’à ce qu’une enquête policière révèle ses liens pour le moins ambigus, révélés plus tard à la CEIC.

Puis, ce matin, Paul Journet de La Presse en remet. Il qualifie d’intimidation « dans le sens le plus fort du terme » et « d’opération vipérine » les questions de enquêteurs à l’égard de son collègue. Tout ça au lendemain d’une sortie de la FPJQ qui se dit inquiète que les « tactiques d’enquête de la SQ menacent les sources des journalistes ».

Bref, les journalistes ont peur maintenant. Ils craignent le gouvernement ou la police, ce n’est pas très clair mais ils craignent néanmoins les interventions des autorité dans leur travail. Et pourtant la loi et des décisions judiciaires leur donnent le droit de taire leurs sources. Même le plus haut tribunal du pays est d’accord. Les journalistes n’ont pas à révéler à qui ils parlent, point à la ligne. Et en passant, juste au cas, je suis tout à fait d’accord avec ce point précis. Ça ne veut pas dire que la police ne peut pas poser la question.

Imaginez le scénario suivant, il se résume en quelques mots :

-       T’es pas obligé de le dire mais on aimerait savoir qui sont tes sources. Tu veux nous le dire ?

-       Non

Fin de l’histoire et de la rencontre. Mais ce n’est pas tout à fait comme ça que la rencontre s’est déroulée. On ne saura jamais l’autre côté de la médaille, celle des enquêteurs. Il me semble que ça aurait été intéressant d’avoir cette version aussi, mais ça n’arrivera pas de si tôt, si jamais ça vient.

Je crois que ce qui a ulcéré et choqué Patrick Lagacé n’est pas le simple fait qu’on lui ait demandé de révéler ses sources, ce qu’il ne fera jamais, avec raison. C’est plutôt le fait que quelques jours plus tard, il apprenne de la bouche de Félix Séguin que celui-ci savait que la police l’avait rencontré. Et ça, pour être honnête, ça me mets en ta... Jamais dans 100 ans Félix Séguin n’aurait du savoir que Patrick Lagacé avait été rencontré, jamais !

On va s’entendre sur un point, des policiers qui parlent aux journalistes, il y a toujours eu et il y en aura toujours. Je ne parle pas des porte-paroles dont le discours corporatiste vient expliquer une situation, un dossier où un événement avec un minimum de détails. Je veux parler de ceux qui décident de prendre les choses en main, non satisfaits des communications officielles de leur organisation. Ceux qui veulent faire avancer leurs dossiers en parlant discrètement aux médias. Ça me faisait suer quand j’étais aux communications de la SQ et qu’un journaliste m’apprenait des choses que même l’enquêteur refusait de me préciser, de me dire ou de m’expliquer. Aujourd’hui,  ces fuites permettent le journalisme d’enquête et la tenue de commissions publiques. Pas de problème avec ça non plus. Mais quand ces fuites permettent à Félix Séguin de savoir que Patrick Lagacé a été rencontré par la SQ, il y a un os dans la moulinette sinon une couille dans le piano. Ça ne fait pas avancer une enquête cette façon de faire.

Des centaines d’enquêtes policières sont menées à chaque année. Celles visant à connaître les sources journalistiques se comptent sur les doigts d’une main amputée de quelques uns de ses doigts. Et au sujet de l’écoute électronique potentiellement utilisée contre ces mêmes représentants des médias, sachez que la liste des infractions « écoutables » prévue au code criminel canadien ne fait aucune mention du fait d’avoir et de protéger une source journalistique.

Je n’ai rien ni personne à protéger de mon séjour dans la police. Je connais et me souvient de faits. Certains sont bons pour la police, d’autres non. J’ai occupé différentes fonctions et progressé dans l’organisation. Je sais surtout que la perception de la théorie du complot d’une police politique a la couenne dure. C’était vrai dans le temps de Duplessis, mais ça c’était dans le temps.

5 commentaire(s)

Denis825 dit :
9 octobre 2014 à 12 h 09 min

Vous nous aideriez à comprendre toute cette histoire que j'essaye en vain de m'imaginer depuis longtemps en lisant le blogue de M. Berthomet, si vous pensiez un plus au lecteur qui n'est peut-être pas si friand de ces histoires de gang de bandits versus la police.

Mettez la signification des sigles comme "FJPQ" ou expliquez un peu ce que sont ou font les personnes que vous mentionnez :"Ian Davidson" "Michel Arsenault" "Félix Séguin", il est bien possible que l'on est oubliée ou jamais su vraiment qui ils étaient.

Et surtout, je trouve que le niveau de langage employé n'aide pas à différencier les "bons" des "méchants" dans l'histoire :

"Et ça, pour être honnête, ça me mets en ta..." "sinon une couille dans le piano." "se comptent sur les doigts d’une main amputée de quelques uns de ses doigts."

Dit comme ça, ça a l'air un peu naif puisqu'on sait que vous êtes l'ancien policier mais on a pas une relation si intime avec vous qu'on vous donne le bon Dieu sans confession non plus et un Mom Boucher raconterait les choses dans les mêmes termes alors ça en vient un peu mêlant.

"Ça ne veut pas dire que la police ne peut pas poser la question."

Ça aussi ça envoie un double message, parce qui de nous aimerait que la police lui pose des questions, on s'imagine tout de suite avec un livre de téléphone sur la tête. Un abus de télé sans doute, mais si la loi dit que la police n'a pas à questionner les sources d'un journaliste, pourquoi le fait-elle ?

"Je sais surtout que la perception de la théorie du complot d’une police politique a la couenne dure. C’était vrai dans le temps de Duplessis, mais ça c’était dans le temps."

Les parties politiques l'alimentent cette rumeur en changeant systématiquement le chef à chaque prise de pouvoir. Et il y a eu dans le passé des policiers ripoux, ça veut dire que certains peuvent être achetables à qui a un intérêt entk,

Luc dit :
9 octobre 2014 à 13 h 39 min

Les fuites policières et les sources:

Honte à la police et au pouvoir en place d'avoir dépouillé le peuple de sa confiance envers les institutions supposées les protéger et les servir.

HYS

Simon dit :
9 octobre 2014 à 15 h 37 min

Je ne crois pas que ce sont les policiers sur le terrain ou patrouilleurs qui semblent causer problème (en tout cas, pas pour la plupart). Ça semble être un problème au niveau des enquêtes, avec certains plus ou moins compétents qui voudraient avoir l'impression que leur vie monotone et ennuyante ressemble à celle d'un espion digne d'un film 007. Des policiers qui ont probablement réussis à entrer dans la police par la porte d'en arrière grâce à un bon contact.

La question que je pose et à votre avis: au niveau des enquêteurs, quel est selon vous le % de bons policiers vs ceux qui ne devraient vraiment pas être là actuellement histoire de mesurer l'empleur du problème?

merci

Luc Papineau dit :
11 octobre 2014 à 10 h 09 min

Monsieur Doré,

Et si M. Séguin avait été mis au courant de cette rencontre pour nuire à la réputation de M. Lagacé ou encore pour insinuer que M. Lagacé avait «parlé» et qu'il devrait lui aussi dévoiler certains détails?

N'est-il pas troublant des policiers enquêtent sur les sources de certains journalistes? N'est-il pas troublant que des affaires impliquant MM Davidson et Roberge soient survenues au SPCUM? N'est-il pas troublant qu'à Laval, un maire ait pu «régner» de la sorte et qu'il ne se soit rien passé pendant 20 ans? L'esprit de corps des policiers les amène souvent à se couvrir les uns les autres, mais il vient un temps où la justice et le respect demandent que les «ripoux» soient dénoncés.

En passant, juste comme ça, avez-vous remarqué que les tribunaux commencent à invalider les amendes données et les arrestations survenues lors du «Fameux printemps érable»? Les thèses que vous défendiez alors ne semblent pas trouver grâce aux yeux de la loi.

jenny dit :
12 octobre 2014 à 12 h 08 min

Pas fort la police; faut vraiment s'en méfier. A les voir aller; c'est TROUBLANT.