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Chut! On n’en parle pas : Les secrets de famille et leurs impacts

Nathalie Parent
illustration benoit tardif, colagene.com

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Depuis quelques mois, Marie-Josée s’inquiète beaucoup pour sa fille Jade qui vient d’avoir sept ans. Elle la trouve nerveuse, plus gênée et réservée, reste collée à sa maman. Elle a peur de rester seule dans une pièce de la maison, etc. Pierre, le père de Jade, trouve également que sa fille est plus renfermée. Ils décident de consulter un psychologue pour chercher à comprendre ce qui se passe avec leur fille et l’aider.

Depuis quelques mois, Marie-Josée s’inquiète beaucoup pour sa fille Jade qui vient d’avoir sept ans. Elle la trouve nerveuse, plus gênée et réservée, reste collée à sa maman. Elle a peur de rester seule dans une pièce de la maison, etc. Pierre, le père de Jade, trouve également que sa fille est plus renfermée. Ils décident de consulter un psychologue pour chercher à comprendre ce qui se passe avec leur fille et l’aider.

Ensemble, ils parlent de leur fille depuis sa naissance, leur histoire de couple, de famille, les amis, l’école, mais rien ne s’est passé qui expliquerait le changement chez Jade. Alors, le psychothérapeute décide d’explorer l’histoire familiale des parents et ils découvrent que la grand-mère maternelle a vu sa sœur jumelle périr dans un incendie. Et quel âge avait-elle ? Sept ans ! Du côté du père de Jade, Pierre, a perdu son propre père en bas âge... il avait sept ans exactement quand son père est décédé.

Hasard, diront certains. Oui, on peut parler de drôle de coïncidence, mais un courant de professionnels de la santé parle plutôt de transmission transgénérationnelle.

Plusieurs études ont été faites sur les liens dans les arbres généalogiques et ont découvert qu’un traumatisme qu’une personne s’efforce de cacher aux autres et à elle-même sera transmis aux générations suivantes sous forme de répétition aux mêmes dates ou mêmes âges.

Dans l’histoire de Marie-Josée et Pierre, ils avaient entendu parler vaguement de ces éléments de leur histoire familiale sans jamais en parler, en restant pris ou coincés avec ce tabou de souffrance.

Anne Ancelin-Schützenberger, auteure du livre Aïe, mes aïeux ! s’est particulièrement penchée sur ces phénomènes et constate qu’un symptôme développé chez un enfant peut provenir d’un drame similairement vécu dans les deux lignées (maternelle et paternelle).

Mémoire cellulaire

Les neurosciences parlent de plus en plus de mémoire cellulaire et de modification au niveau du cerveau par les traumatismes qui peuvent se modifier lorsqu’un travail de psychothérapie est fait.

Les secrets de famille touchent particulièrement les naissances (avortement, bébé placé en adoption, enfant mort-né, fausses-couches, père inconnu ou non révélé, malformation, etc.), la sexualité (inceste, viol, tromperies), problème relié à l’argent (faillite, problème d’héritage, trafic d’argent), la délinquance, l’alcoolisme ou toxicomanie, la maladie mentale, les deuils, un suicide.

Ces événements entraînent un sentiment de honte ou de culpabilité et c’est pourquoi les personnes qui les ont vécus préfèrent ne pas parler. Mais il apparaît à leur insu à travers leur non verbal, attitudes, gestes ou malaises et se transmet. Il ne faut pas oublier que ce qui est interdit est souvent attirant pour l’enfant. Ce dernier ressent dans le ton de la voix ou l’attitude du parent qu’il ne faut pas parler d’une chose puisque ça dérange donc il va chercher à comprendre, il risque d’être attiré encore plus et développer des comportements pour saisir ce qu’il ressent déjà.

Par exemple, un enfant pourrait développer une dépendance à l’alcool, tout comme le grand-père alcoolique qui a été renié par sa fille et dont il ne faut absolument pas parler.

Est-ce que le parent doit lui parler du secret ? Pas nécessairement. On peut faire quelque chose afin de prévenir ces transmissions ou les dénouer autrement. Soit en psychothérapie ou en psychogénéalogie, et même les deux. Ce faisant, la personne repère les répétitions à travers l’arbre généalogique et cherche le sens que prend pour soi-même son histoire en prenant contact avec ce qui fait souffrance. C’est comme si on allait faire du ménage sur le disque dur de son ordinateur ou travailler les « bugs informatiques ».

C’est en osant parler de ce qui fait souffrir, de ce qui semble tabou dans l’histoire familiale, que la personne devient sujet et non plus objet de son histoire, elle peut s’en libérer et éviter ainsi de le transmettre aux générations futures. Elle peut ainsi libérer ses enfants de ce qui fait souffrance dans son histoire. D’ailleurs, des conférences et ateliers sur le sujet seront disponibles très bientôt à Québec et Montréal. Voici le lien pour plus d’informations et des suggestions pour aller plus loin.


www.axismodal.com

Serge Tisseron sur les secrets de famille

Boris Cyrulnik - « La mémoire traumatique »

 

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