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Patron informatique et CGI

Coiteux craint maintenant les conflits d’intérêts

Bloc Bordel Coiteux
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Le ministre Martin Coiteux a soudainement changé de discours et exige maintenant des «vérifications» internes sur les risques de conflit d’intérêts concernant celui qu’il vient de nommer grand patron de l’informatique du Québec, Jean-Guy Lemieux.

Notre Bureau d’enquête a révélé il y a deux semaines que le frère de ce dernier, Claude Lemieux, est vice-président, à Québec, de la firme informatique multinationale CGI, l’une des entreprises qui reçoivent le plus de contrats (des dizaines de millions de dollars par année) du gouvernement dans ce domaine. Claude Lemieux a aussi présidé un important lobby de firmes informatiques.

Jean-Guy Lemieux été nommé dirigeant principal de l’information en septembre. En d’autres termes, il est devenu le numéro un de l’informatique au Québec et gérera des dépenses annuelles de près de 3 milliards de dollars.

Le ministre avait jusqu’ici défendu bec et ongles cette nomination. Mais, pour la première fois mardi, le ministre n’écarte pas la possibilité de remplacer Jean-Guy Lemieux après cette «vérification» qu’il a demandée à son équipe par rapport à des «faits nouveaux», a-t-il expliqué.

Coiteux promet d’agir

«Si jamais il devait s’avérer que des faits nouveaux pouvaient laisser entendre que le DPI (dirigeant principal de l’information, Jean-Guy Lemieux) puisse être mis dans une situation de conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts, j’agirai!» a-t-il laissé tomber au Salon bleu, mardi.

Avant notre reportage sur les liens familiaux de Jean-Guy Lemieux, sa nomination était déjà contestée pour d’autres motifs: il a peu d’expérience en informatique, est formé en psychologie et a déjà travaillé pour le Parti libéral, qui l’a nommé à ce poste.

Concernant les risques de conflit d’intérêts, M. Coiteux avait initialement réagi à notre reportage en annonçant que M. Lemieux ne sera pas associé de près ou de loin aux dossiers concernant CGI. Il devra se retirer de la salle. Ce que plusieurs intervenants dans le domaine peinent à s’expliquer, puisque CGI est à plusieurs égards le plus grand partenaire du gouvernement en informatique.

Le ministre n’y voyait pas de problème et nous avait répliqué que M. Lemieux se charge des «directives stratégiques» du gouvernement et non des acquisitions. Pourtant, même la loi québécoise sur la gouvernance des organismes publics contredit l’explication du ministre, puisqu’elle stipule que M. Lemieux a la tâche de conseiller le gouvernement «en matière d’acquisition» en informatique.

«Faits nouveaux»

Le ministre n’a pas expliqué davantage quels étaient ces «faits nouveaux». Selon ce que nous avons appris, plusieurs joueurs de l’industrie, qui jusqu’ici saluaient les mesures de redressement de Martin Coiteux en informatique ne comprennent pas la nomination de Jean-Guy Lemieux.

Surtout, ils ne comprennent pas comment il peut diriger l’informatique sans intervenir quand cela touche au plus grand fleuron du Québec dans ce domaine. Certains de ces contestataires en ont même avisé le gouvernement, ce qui pourrait faire partie des «faits nouveaux», selon nos informations.

La CAQ talonne Coiteux

Mardi après-midi, le porte-parole de la CAQ sur les dossiers informatiques, Claude Surprenant, en a rajouté pour dénoncer cette nomination. La CAQ a rapporté qu’entre 2011 et 2014, période où Jean-Guy Lemieux était vice-président de la Régie de l’assurance-maladie (RAMQ), au moins 17 millions de dollars de contrats ont été octroyés à CGI par la RAMQ, selon le système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec. Le frère M. Lemieux était aussi vice-président chez CGI durant la même période.

Le projet SecurSanté, notamment, a coûté 4,7 millions de dollars aux Québécois. CGI a obtenu un contrat de près de 4 millions. La firme a été la seule à soumissionner. L’autre contrat de 700 000 $ a été octroyé sans appel d’offres à CGI.

«Est-ce que M. Lemieux est sorti de la salle à chaque fois qu’il était question des contrats de CGI?» a demandé M. Surprenant au gouvernement, qui ne lui a pas fourni de réponses.

Lemieux ne l’avait pas dit

Notre Bureau d’enquête a directement posé la question à la RAMQ mardi après-midi et étonnamment, nous avons appris que Jean-Guy Lemieux n’avait «malheureusement pas informé les autorités de la RAMQ de cette situation», nous a confirmé la porte-parole de la RAMQ, Caroline Dupont. Cette dernière a mentionné qu’une vérification à l’interne a été réalisée et qu’aucune irrégularité n’a été décelée quant au processus d’appel d’offres et aux contrats octroyés.

Pour sa part, le porte-parole de CGI, Sébastien Barangé, nous a mentionné que l’entreprise avait toujours créé une distance entre Claude Lemieux et les projets dans lesquels son frère Jean-Guy était engagé au gouvernement.

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