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#Agression jamais dénoncée #Je suis indestructible

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 À la lumière de ce qu’on appelle l’affaire Gomeshi, et des tergiversations du bonhomme au sujet du consentement, c’est comme si la colère des femmes avait fait lever une chape de silence et de culpabilité. Jusqu’au parlement d’Ottawa, où deux députées NPD ont recouru pour harcèlement à l’encontre de deux députés libéraux. Il fallait entendre le commentaire émotif de la journaliste émérite Chantal Hébert, habituellement fort réservée en ces matières, à une émission de radio du matin au sujet des mœurs et coutumes pour le moins douteuses de certains parlementaires telles qu’elle les avait vécues pour se rendre compte de l’ampleur du problème.

Chaque jour, des femmes connues dont Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme, la journaliste Sue Montgomery du quotidien The Gazette,  Alexa Conradi de la FFQ et des centaines autres parlent, s’ouvrent, racontent avec émotion. Brisent l’omertà. On ne peut que s’en réjouir. Même si certaines craignent l’après et un violent backlash. Cela est déjà commencé sur les réseaux sociaux. Mais nous y verrons en temps en lieux, fortes de la parole et de la liberté retrouvées. Les matamores ne pourront que reculer. Et puis, nous voyons aussi de nombreux hommes, appuyer, compatir, se questionner, comprendre ou du moins essayer de le faire. C’est beau ! Ne reste plus qu’ils se mettent de la partie pour dénoncer eux-aussi leurs congénères dont ils connaissent les agissements répréhensibles. Sans crainte d’être écartés de la race des mâles.

En même temps, on ne peut s’étonner du nombre de ces témoignages et dénonciations quand on sait, chiffres à l’appui,  qu’une femme sur trois aura subi un acte sexuel non consenti au cours de sa vie.

 

Pour mémoire : Au fil de sa vie, une femme de ma génération... (parce  que ce sont celles que je connais le mieux...)

A été suivie, à pieds, en auto, sifflée, hélée, déshabillée du regard dans la rue, les transports en communs. Par des quidams, des flics, des gars de la construction, des employés de la ville, des chauffeurs d’autobus, des profs, name them.  Comme si c’était normal !

A préféré faire comme si elle n’entendait pas les allusions de nature sexuelle ou ne se rendait pas compte des attentions non sollicitées voire du harcèlement de mecs lourds dans toutes sortes de situations inappropriées.

A subi une forme ou une autre de pression sexuelle et-ou cédé à un type,, -ami, amant, mari- pour en finir, parce qu’elle ne savait pas comment réagir. Ou parce qu’elle avait honte pour lui.

A été tripotée, attouchée (sic), frottée sur (re-sic) sans son consentement. Voire carrément agressée ou violée.  Par un petit voisin, un cousin, un mononcle, un beau-père, un frère, un père, un ami, le père d’une amie, un amoureux, le père d’un amoureux, un conjoint, un petit boss, un grand boss, un psy, un dentiste. La liste est longue.

A éprouvé de la colère, de la culpabilité, de la honte, une grande confusion face à chacune des situations ci-haut mentionnées. Particulièrement bien sûr face à l’agression physique et au viol, événements hautement traumatisants.

A choisi de taire ces expériences en public et en privé souvent aussi. Croyant se préserver, tourner la page mais souvent par crainte des conséquences.

...

La vie, mon métier m’ont emmenée à connaître beaucoup de femmes. Ma nature, à recevoir des tas de confidences. J’ai aussi fréquenté des groupes de paroles et de thérapie où j’ai pu constater la prévalence, la douleur et les effets pervers des diverses formes d’agressions sexuelles.

 Been raped, Never Reported....Et on se demande encore pourquoi ?

Déconstruire la culture du viol

Comment réagir à des regards, des gestes, des comportements qui rendent mal à l'aise ou salissent carrément sans passer pour une frustrée, une cinglée, une mal-baisée, une hystérique, une enragée, une révoltée ? Le conditionnement au silence commence tôt.

Comment dénoncer un viol, une agression sans se sentir quelque part disqualifiée. Sans craindre de ne pas être crue, d’être jugée. Sans avoir peur de subir des conséquences de tous ordres. De l’ostracisation d’un milieu social ou professionnel au rejet familial.

Comment avoir la force de se ressaisir et de braver le fameux  «He said, She said» tellement utile dans les cas de viols étant donné qu’ils se produisent rarement en public.

Comment trouver la volonté ou la rage suffisante de dénoncer quand on est conditionnées par des siècles d’exemples de femmes qui ont connu le pire parce qu’elles l’avaient fait.

 Le «Manifeste des 343 salopes»

Ce qu’il y a d’enthousiasmant et de douloureux à la fois avec ce mouvement, c’est qu’il permet à de nombreuses femmes de commencer à se libérer enfin. Parce que de parler est le premier pas vers la guérison de traumatismes. Parce que ce genre de secret honteux, refoulé a toujours des conséquences délétères, le pouvoir malsain de faire dérailler le cours d’une existence. Quoiqu’on en pense !

La situation actuelle me rappelle le fameux "Manifeste des 343 salopes" qui ont eu le courage de dire "Je me suis fait avorter"en décembre 1973 en France.  Manifeste paru dans le Nouvel Observateur, dans lequel des femmes connues reconnaissaient avoir subi un avortement.

Je me permets d’en reproduire quelques extraits qui me semblent s’appliquer à la situation actuelle. Il n’y a qu’à remplacer le mot avortement par acte sexuel non consenti ou dénonciation d’acte sexuel non consenti au besoin...

Extraits choisis du Manifeste des 343 salopes

«La complexité des émotions liées à la lutte pour l’avortement indique avec précision notre difficulté d’être, le mal que nous avons à nous persuader que cela vaut le coup de se battre pour nous.»

 Le scandale persiste. Chaque année (....) femmes vivent dans la honte et le désespoir. (....) d’entre nous meurent. Mais l’ordre moral n’en est pas bousculé. On voudrait crier.

L’avortement libre et gratuit c’est : cesser immédiatement d’avoir honte de son corps, être libre et fière dans son corps comme tous ceux qui jusqu’ici en ont eu le plein emploi ;

ne plus avoir honte d’être une femme;

Un ego qui fout le camp en petits morceaux, c’est ce qu’éprouvent toutes les femmes qui doivent pratiquer un avortement clandestin ;

être soi à tout moment, ne plus avoir cette crainte ignoble d’être “ prise ”, prise au piège, d’être double et impuissante avec une espèce de tumeur dans le ventre.

 Nous ne demandons pas la charité, nous voulons la justice. Aux fascistes de tout poil — qu’ils s’avouent comme tels et nous matraquent ou qu’ils s’appellent catholiques, intégristes, démographes, médecins, experts, juristes, “ hommes responsables (.....) nous disons que nous les avons démasqués.

(....)

La liste de signatures est un premier acte de révolte.»

Je dirais que le mouvement  #Violée et jamais dénoncé et # Je suis indestructible est un acte de révolte.

Et comme la plupart des femmes que je connais, je pourrais le signer.

 

 

 

 

18 commentaire(s)

Serge Beauchemin dit :
6 novembre 2014 à 22 h 48 min

Dur à prendre pour la majorité des hommes qui n'ont pas violé leurs femmes, leurs amies leurs voisines, leurs concitoyennes... Les liens de confiance entre les hommes et les femmes ne doivent pas se rompre.

Dine59 dit :
6 novembre 2014 à 23 h 03 min

Je ne vois pas le rapport viol -avortement. Le viol n'est pas consenti. Une femme à le choix d'avoir ou de ne pas avoir de relations sexuelles. Elle a donc une part de responsabilité dans l'avortement. Elle n'en a aucune dans le viol.

Mike Cowen dit :
7 novembre 2014 à 7 h 54 min

Merci pour votre texte Madame St-Germain. Beaucoup de réflexions dans vos écrits.

J'ose espérer que les gens vont vous lires et faire une bonne réflexion au lieu de faire des sempiternelles reproches et du bla bla bla inutile.

Needle dit :
7 novembre 2014 à 8 h 52 min

"Comment avoir la force de se ressaisir et de braver le fameux «He said, She said» tellement utile dans les cas de viols étant donné qu’ils se produisent rarement en public."

La seule manière de réparer cet outrage, c'est de donner plus de crédibilité à la femme lors des accusations et de donner l'immunité aux femmes contre les poursuites. La raison pour laquelle les femmes refusent de dénoncer, c'est parce que :

1- Elles ont peu de chance de voir leur agresseur enfermé 2- Elles peuvent se faire accuser si les preuves sont insuffisantes. 3- Elles ont (faussement) honte 4- Elles ont peur.

On peut changer 1-2-4 très facilement. Il faut que toutes les plaintes de viol soit traité comme véridique jusqu'à preuve du contraire. C'est à l'agresseur de prouver son innocence et pas le contraire. Il faut aussi que les femmes qui porte plainte soient immunisé à toute poursuite criminelle relié à l'événement.

Tout ceux qui dénigrent la culture du viol sont probablement des violeurs ou des futur agresseurs. La culture du viol est omniprésente, même chez certaines femmes! Il faut déconstruire le mythe que les femmes soient capable d'inventer de telles choses.

Veuillez noter l'absence complète d'éxagération ou de sarcasme dans mon message.

John Doe dit :
7 novembre 2014 à 9 h 54 min

Allez-vous le nommer, votre boogie man? Contre qui ces féministes de 3e vague formulent leur plainte, au juste?

Chakana dit :
7 novembre 2014 à 10 h 03 min

L'an dernier, la firme qui emploie mon amoureux cherchait quelqu'un pour combler un poste. En faisant la sélection avec les directeurs, mon amoureux a vu le cv d'un homme avec qui j'ai déjà travaillé. Nous savions que cet homme avait harcelé au moins 3 femmes dans mon ancien milieu de travail. Mon amoureux a dit aux directeurs de ne pas l'engager pour cette raison. Son cv a fini à la poubelle. J'étais très fière d'eux!!!!

Diane H. dit :
7 novembre 2014 à 10 h 20 min

"Merci pour votre texte Madame St-Germain. Beaucoup de réflexions dans vos écrits.

J’ose espérer que les gens vont vous lires et faire une bonne réflexion au lieu de faire des sempiternelles reproches et du bla bla bla inutile!"

Et MERCI à VOUS monsieur Mike Cowen pour votre support pour les femmes! Au lieu en effet de sans cesse minimiser le viol, les agressions sexuelles, de mettre en doute la parole de la victime, de la ridiculiser, diminuer, faire sentir coupable, etc. au moins il y a des hommes qui se lèvent et supportent le courage des femmes qui veulent dénoncer et ont de la compassion pour celles qui ont trop honte ou trop peur pour ne pas le faire.

@Serge Beauchemin: "Les liens de confiance entre les hommes et les femmes ne doivent pas se rompre."

Vous aves raison monsieur, difficile pour les hommes corrects et respectueux de lire ce qui se passe et de constater qu'il y a encore des salauds qui s'en prennent aux femmes et aussi aux enfants, et n'oublions pas les hommes également agressés sexuellement qui dénoncent encore moins, par honte!

Il faut tout faire pour garder le lien de confiance entre hommes et femmes. Mais dans le moment, des femmes se lèvent et dénoncent. Il ne faut pas garder cela en dedans!

Garder le silence, des femmes le font parce qu'elles ne veulent pas défaire les familles, lever un scandale et "faire de la peine" à leurs proches (parce que souvent, les violeurs viennent de la famille et des proches!) mais alors, les agresseurs s'en sortent trop bien ou s'en prennent à d'autres victimes!

Il faut que les hommes qui aiment ces femmes se tiennent debout à leur côté pour dénoncer, pour les aider à reconstruire leur vie.

Turandot dit :
7 novembre 2014 à 11 h 32 min

Un avortement n'est pas la même chose..ça peut être évité! La plupart des avortements ne proviennent pas de victimes de viols, mais de femmes consentantes qui ne se sont pas protégées. Que leur corps serve à n'importe qui de façon consensuelle est un choix, mais qu'elles aient l'intelligence de se protéger au lieu de brailler pour avoir subi un avortement. Ce n'est pas disposer de son corps avec intelligence ici..

Nelson dit :
7 novembre 2014 à 11 h 49 min

Dine59 dit : ''Je ne vois pas le rapport viol -avortement''

M. Dine59 Si vous ne voyez pas le rapport, vous ne voyez pas grande chose.

John Doe dit : '' Contre qui ces féministes de 3e vague formulent leur plainte, au juste? ''

M Doe

La moitié des femmes des pays pauvres et 10% ou plus des femmes des pays riches se font brutaliser et frapper par leurs conjoints.

50 millions des femmes interrompent leurs grossesses chaque année, la moitié sans aide médicale à cause des hommes qui contrôlent des églises d'hommes.

Résultat, des millions des femmes traumatisés en interruptions de grossesses clandestines souvent terrifiantes, et au moins 70 mille meurent (OMS).

Peut importe les sentiments qui provoquent les 50 millions des interruptions des grossesses chaque année dans le monde (une sur 3-4 grossesses), elle est une réalité qu'a toujours existé et existera toujours.

La seule conclusion possible est que la décision de certains femmes d'interrompre leur grossesses EST TOUT À FAIT NATURELLE.....elle fait partie de la nature humaine et de la nature tout court.

Une chose est claire, à savoir, interdire aide médicale et psychologique pour des femmes qui interrompent leurs grossesses, en sachant qui provoquera des traumatismes graves et décès, équivaux à des assassinats et de la torture.

Des violations graves des droits humains.

Et les coupables doivent être traduits en justice.

Regis dit :
7 novembre 2014 à 16 h 05 min

Je voulais dire à ce propos que je comprends qu'une personne puisse vouloir exprimer une agression sexuelle dont elle a été victime dans sa vie.

J'ai moi-même été victime de ça étant enfant et extérieurement c'était assez grave puisque ça impliquait une menace de mort et de gestes imposés de nature sexuelle.

Ça peut libérer momentanément je suppose de décrire ça en 140 caractères. Bien que pour ma part, ça n'a pas laissé de traces profondes du moins je crois et je ne crois pas très utile de parler de ça. J'espère juste que les temps ont changé.

Quand le mot le plus important de ta journée à ce moment-là est "brinch à branch", ces choses sont comme l'apparition du ovni dans le paysage, un peu irréelles et c'est tellement pas dans ta réalité que tu n'en parles pas. Et puis vers 1960... qu'est-ce que ça me disait les mots "société" "justice" "sexualité" ? Tu laisses la personne faire ses petites saletés et tu t'arranges pour ne pas retourner à cet endroit. Tu as honte un peu oui mais on est bien fait, la mémoire efface ça tranquillement.

C'est correct donc que les gens expriment ça, et c'est à respecter.

Ce qui est dégoutant c'est de mêler ça à des revendications sociales, de parler des revendications des 343 salopes, de s'inventer des ennemis, comme Mc Carthy, en parlant de gens qui défendraient la culture du viol. On devrait plus parler d'écarté que de Mc Carthy à ce moment-là

Et puis aussi Nelson qui est trop petit pour faire une discussion sur le sujet de l'avortement quand c'est le temps et qui en profite pour s'adosser au sujet du viol pour nous sortir des statistiques mondiales sur l'avortement.

En plus, tu attaques un personne qui exprime quelque chose de très sensé Nelson : que vient faire le sujet de l'avortement dans ce sujet ou les personnes parlent d'agressions sexuelles. Le sujet des agressions est assez important pour être un sujet en lui-même, c'est juste les personnes mêlées qui ne le sentent pas.

Geneviève St-Germain dit :
7 novembre 2014 à 18 h 40 min

Non l'avortement, ce n'est pas la même chose bien évidemment. Bien sûr que non! C'est le mouvement qui ressemble à celui des 343 salopes. Le fait de parler, une forme de révolte. Et les conséquences personnelles, sociales et politiques.

Roger Boivin dit :
7 novembre 2014 à 20 h 27 min

Si tous les enfants morts avortés pouvaient parler, eux qui étaient innocents et sans défense, ce mouvement actuel à côté serait presque rien tant le nombres de ces petites sans défense est immense.

Roger Boivin dit :
7 novembre 2014 à 20 h 55 min

Je rectifie, mon propos, ( car je ne voudrait pas minimiser ce fait si répandu qui a fait tant de dégât ; et je le crois et le cri, le viol est un crime abominable ) :

Si tous les enfants morts avortés pouvaient parler, eux qui étaient innocents et sans défense, quel proportion ce mouvement actuel aurait-il à côté de celui démesuré qu'ils provoqueraient tant le nombre est immense ?

Gaston Le Gaffeur dit :
8 novembre 2014 à 8 h 35 min

Ce va-t-en-guerre médiatique féministe m'apparaissait ridicule (encore une fois), justement senti mais vile comme presque tous les sujets délicats entre les mains des médias et des féministes. Jamais trop tard pour changer d'idée; le consentement ou l'abstinence.

Déficient congénitalement, le mâle doit être corrigé.

Suzanne B. dit :
8 novembre 2014 à 12 h 30 min

Beaucoup disent que le féminisme est allé trop loin! «Un aimable babil»

dit au contraire Michel Houellebecq. Les hommes (et bien des femmes) n'y ont rien compris. Espérons que ce mouvement reprenne de plus bel- le.

Nelson dit :
10 novembre 2014 à 14 h 02 min

MONSIEURS

Dine50 Jhon Doe Gaston le gaffeur Roger Boivin Regis

Les viols et refuser de l'aide médicale et psychologique aux femmes qui interrompent leurs grossesses , en sachant qui mourront ou seront traumatisés en interruptions de grossesses clandestines souvent atroces, SONT DES VIOLATIONS AUX DROITS HUMAINS.

Les viols sont des assassinats psychiques et parfois physiques, et les 70 mille femmes mortes parce que des églises d'hommes les refusent aide médicale pour interrompre des grossesses , sont aussi des assassinats.

Et le 20 millions des femmes traumatisés chaque année parce que des églises d'hommes et d'autres monstres les refusent aide médicale pour interrompre des grossesses, SONT DES ASSAINATS PSYCHIQUES, ET EN PARTIE PHYSIQUES, AUSSI.

Viols et interruptions des grossesses sans aide médicale sont des sujets différents mais assez similaires, parce que les deux sujets sont des violations des droits humains des femmes, qui meurtrissent, tuent pour vrai, et traumatisent des femmes.

Roger Boivin dit :
10 novembre 2014 à 19 h 46 min

Nelson, on ne peut faire un mal pour faire un bien.

Louise Choquette dit :
12 novembre 2014 à 2 h 15 min

Que de vérités Genevièvre , dans votre article!