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Dehors novembre

Dehors novembre
Illustration Johanna Reynaud

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Le ciel gris, le froid, la pluie. C’est l’automne de l’austérité. Je m’enroulerais dans une doudou à regarder dehors en attendant que le temps des Fêtes se montre le bout du nez.

Le ciel gris, le froid, la pluie. C’est l’automne de l’austérité. Je m’enroulerais dans une doudou à regarder dehors en attendant que le temps des Fêtes se montre le bout du nez.

Il fait noir à 17h, il fait noir quand je me lève, j’ai déjà envie d’enfiler un Kanuk et des mitaines. Quelle horreur que cette sensation d’avoir froid.

C’est la dépression saisonnière, c’est la neige qui va bientôt se laisser tomber des nuages, c’est le manque de lumière qui me fait vivre des SPM en permanence et des moments où je crie spontanément: J’AI BESOIN D’UNE PSYCHOLOGUE.

L’automne est sombre comme le paysage médiatique. Fini le temps des pommes et des petites joues rouges après une longue marche, c’est le temps de regarder notre monde changé, en direct à LCN, live à CNN.

Il est loin de nous le temps où nous verrons des empires tomber.

Ce sont les Républicains qui s’emparent du Sénat américain. C’est la guerre au terrorisme. C’est le bruit des bombardements en Irak. C’est un Justin Trudeau hésitant et incohérent qu’on regarde aller, en se disant: «Je sens qu’on va être pogné avec les conservateurs encore longtemps». Ce sont les fous qui pensent servir une noble cause en tirant sur des militaires.

C’est une épidémie qui sème la panique et prend les vies par milliers.

C’est un gouvernement qui coupe dans notre mémoire collective. C’est une Reine qui nous est imposée comme symbole et c’est un explorateur qu’on voulait effacer au profit d’un joueur de hockey. C’est un costumier utile, nécessaire, rempli de souvenirs, qui disparaît sous nos yeux. C’est une télé publique qui doit se taire et qui encaisse les coupures. C’est dans l’indifférence totale que je vois ma culture sombrer.

Au chaud

C’est l’automne. Je m’attacherais au sofa et j’engloutirais des tonnes de chocolat chaud pour réchauffer mon cœur. J’écouterais des tonnes de séries, de films, je lirais des livres et j’écouterais de la musique folk qui réconforte. Je voudrais barrer la porte et débrancher mon téléphone.

Parce que c’est l’automne, qui vient avec son vent frette, ses mauvaises nouvelles, qui abolit tout ce dont en quoi j’ai toujours cru.

La froideur prend place, avant même qu’arrive l’hiver, et je n’ai jamais vu le paysage aussi austère.

J’espère presque les tempêtes qui ont au moins un côté poétique et qui nous donnent envie d’aller nous coller sur ceux qu’on aime.

Les femmes parlent

Mais il n’y a pas que de la noirceur.

Au bout de cet interminable mois lugubre qui noircit mes pensées, un peu de lumière.

Avec le scandale Ghomeshi ont jailli des paroles de femmes, un ras-le-bol général. Des femmes osent enfin dénoncer, révéler leurs souffrances et prendre leur destin en mains. On ne pourra plus dire que ça n’arrive qu’aux autres. On pourra enfin mettre un visage sur cette statistique froide qui martèle qu’une femme sur trois a déjà été victime d’une agression sexuelle.

On pourra enfin sensibiliser les hommes et leur rappeler que leurs blondes, leurs femmes, leurs amies, leurs mères, leurs filles ont le droit de ne plus avoir peur. Ça fait du bien de se dire tous, enfin, C’EST ASSEZ.

C’est le temps que les hommes tendent l’oreille aux femmes qu’ils aiment et se rendent compte que non, ça n’arrive pas qu’aux femmes des autres.

Je sens enfin le vent changer. Je sens enfin que l’indifférence a arrêté de régner.

C’est dans la pénombre que la lumière est belle.

J’espère que, malgré cette saison sombre, on continuera à se tenir debout.

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