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Patinage de vitesse

La « vraie Marianne » de retour

Marianne St-Gelais est passée à deux doigts d’accrocher ses patins pour de bon

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PHOTO COURTOISIE/DAVE HOLLAND/PATINAGE DE VITESSE CANADA

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En obtenant samedi sa première médaille d’or depuis plus de deux ans, Marianne Saint-Gelais venait de confirmer qu’elle n’était plus la fille malheureuse qui a songé à quitter à tout jamais sa vie de patineuse.

«J’ai appelé mes parents après ma médaille d’or. J’ai dit à maman: votre vraie Marianne est revenue», raconte la boute-en-train de l’équipe canadienne en marge de la Coupe du monde de patinage de vitesse de Montréal qui débute demain.

Cette victoire réconfortante au 1000 m à Salt Lake City témoigne d’une profonde réflexion sur sa carrière que l’athlète de Saint-Félicien a menée au printemps. Après le départ durement accepté de l’entraîneur Sébastien Cros au profit de la Russie, au milieu du dernier cycle olympique, s’en est suivi une relation tendue avec son successeur, Frédéric Blackburn.

Sa déveine aux Jeux olympiques de Sotchi, avec comme meilleur résultat individuel une demi-finale au 500 m, a activé le désabusement qu’elle couvait.

«Quand je suis rentrée de vacances au mois de mai, je n’avais plus le goût de revenir m’entraîner. Au mois de juin, j’ai pris la décision d’aller m’entraîner durant trois semaines avec ma sœur à Saint-Félicien. Quand je suis partie à ce moment-là, j’ai dit: ça se peut que je ne revienne pas et que je ne patine plus. Je n’avais plus envie du tout», avoue l’athlète de 24 ans.

Vider la question

Porteuse de fraîcheur sur l’équipe canadienne avec sa médaille d’argent au 500 m des Jeux de Vancouver, Saint-Gelais avait cependant perdu de son éclat durant les deux dernières saisons sur la scène internationale. Son retrait volontaire loin du centre national d’entraînement de Montréal, durant l’été, a finalement opéré un traitement-choc. Il lui fallait vider la question avec Frédéric Blackburn.

«J’ai réalisé que j’aimais encore mon sport, mais je n’aimais pas l’énergie qui existait ni ma propre énergie. M’asseoir avec Fred et parler était la première chose que je devais faire. Les deux, on avait besoin de se dire nos vérités. Il y avait un problème de communication à l’origine de tout cela, mais ce n’était pas seulement de sa faute. Il y avait aussi du moi là-dedans. En fin de compte, on est tous ressortis avec une plus grande maturité», confesse la patineuse, qu’on verra dans les épreuves de 500 m et 1000 m durant la fin de semaine.

Dernier cycle olympique

Cette brassée de lavage a donné une Marianne Saint-Gelais version 2.0. Sereine, elle s’est promis de ne plus se laisser miner le moral en pourrissant son environnement. Son engagement jusqu’aux Jeux 2018 se fera maintenant dans la «zone confortable» de travail qu’elle dit avoir retrouvée.

«Je sais que c’est mon dernier cycle olympique et si je fonce, c’est parce que je veux le faire comme il faut. Je ne me laisserai plus jamais déranger par une situation. Maintenant, je suis à l’aise et j’ai retrouvé ma passion et le plaisir de patiner. Après les deux années difficiles que j’ai vécues, j’ai quelque chose de plus en moi.»


 

Son amoureux et meilleur conseiller

MONTRÉAL | «Ce n’était pas le “fun” de voir Marianne entrer à la maison toujours débinée. Elle avait perdu la flamme de vouloir gagner et de se dépasser. Je trouvais ça triste parce que je savais qu’il y avait beaucoup mieux en elle.»

Partager la vie de Marianne Saint-Gelais aura donné à Charles Hamelin l’occasion de révéler son tact ailleurs que dans des situations de course. De façon naturelle, il est devenu le premier conseiller pour relancer une carrière qui n’avait plus d’étincelles chez sa conjointe.

«Elle ne regardait plus de la belle façon», analyse le meneur de l’équipe canadienne.

«Sébastien Cros et Frédéric Blackburn ne sont pas des personnes identiques et ils travaillent de façon différente. Marianne reprochait à Frédéric de ne pas faire les mêmes choses que faisait Sébastien, en plus de lui reprocher que sa méthode ne marchait pas. Je prétends qu’il faut donner du temps à Frédéric pour amener les filles au niveau qu’il souhaite. J’ai dit à Marianne qu’il lui fallait plutôt soutirer ce qu’il y a de bon parce que c’est un entraîneur qui a beaucoup de bon.»

« Je suis rassuré »

Hamelin a donc participé à la rétrospection que s’est imposée sa conjointe et qui lui a permis de régler ses différends avec son entraîneur. L’exercice était devenu nécessaire, selon lui. L’air vicié dans l’équipe féminine en était venu à étouffer les ambitions sportives de son amoureuse.

«J’avais les jambes, mais je n’avais plus la tête. Si j’avais continué dans cette ambiance, ça m’aurait menée encore à des huitième et neuvième places au 500 m», admet Saint-Gelais.

«La savoir plus confiante et voir qu’elle a retrouvé sa rage de vaincre, je peux dire que notre mission a été accomplie. Je suis rassuré. Je sais maintenant qu’elle est revenue et qu’elle va recommencer à gagner des médailles durant les quatre prochaines années», croit Hamelin.

«Elle veut continuer jusqu’aux prochains Jeux avec l’objectif d’avoir tout fait ce qu’elle pouvait faire. Elle n’aura assurément pas la même attitude qu’à Sotchi. Quand elle est arrivée aux Jeux, elle savait à l’avance que ses chances de médaille n’étaient pas les meilleures.»

Plusieurs mois plus tard, la déconvenue de l’équipe canadienne à Sotchi livre quelques explications.

 

 

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