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Michaëlle Jean ? non, N-O-N

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Voici une chronique que vous serez tenté d’arrêter de lire dès le deuxième paragraphe. Je vous en prie, donnez-moi une chance.

Voici une chronique que vous serez tenté d’arrêter de lire dès le deuxième paragraphe. Je vous en prie, donnez-moi une chance.

En fin de semaine, se tiendra le XVe Sommet de la Francophonie à Dakar, au Sénégal. On va y élire le secrétaire général de la Francophonie qui succèdera à Abdou Diouf. Soyez gentil, lisez encore un peu.

Enjeu

Cette élection est importante pour le Québec, car la Francophonie est le seul espace international où le Québec a une personnalité à part entière ou presque.

Avant de me sortir les niaiseries habituelles sur la politique internationale du Québec, sachez qu’elle nous coûte moins de 100 millions $ par année et que son budget a été réduit de 37,4 % depuis l’an 2000.

Plusieurs candidats se disputent la direction de la Francophonie institutionnelle au plan mondial, dont Michaëlle Jean, ex-gouverneure générale du Canada, donc notre vice-reine pendant 5 ans.

Elle est appuyée par le gouvernement Harper, qui se fout de l’Afrique comme on se fiche de la température du mois passé, et par le gouvernement Couillard, dont on a vu qu’il a autant de sensibilité pour les questions linguistiques qu’un sourd en a pour la musique.

On regarde la candidature de Mme Jean et on est tenté d’en rire.

Mais elle n’a rien de drôle.

La trentaine de chefs d’État africains, qui forme le centre de gravité de la Francophonie, est un assemblage de politiciens parmi les plus roublards et résilients de la planète. Plusieurs ont du sang sur les mains. Au milieu d’eux, Mme Jean ferait penser à un agneau entouré de crocodiles.

Elle fut nommée gouverneure générale par Paul Martin, en 2005, essentiellement parce qu’elle était une incarnation fabuleusement médiatique de la rectitude multiculturelle telle qu’on l’aime à Ottawa.

Avant, elle avait fait une honnête carrière de journaliste, mais pas plus brillante que celle de dizaines de collègues qui, contrairement à elle, avaient le vilain défaut de ne pas illuminer chaque photo.

Sérieusement

Comme représentante de la reine Elizabeth, elle a coupé des rubans et fait des discours humanistes devant des écoliers. Si l’objectif d’Ottawa était de donner un vernis moderniste à un vestige colonial putride, ce fut réussi. Mais qu’on me nomme une seule réalisation importante de Mme Jean.

Reconnaissons-lui tout de même un fabuleux talent pour l’autopromotion et la réinvention, étant passée des toasts portés à la liberté des peuples avec ses amis souverainistes au service de la monarchie britannique.

C’est ce qu’on appelle chez nous avoir un «front de bœuf». Les Français diraient un «incommensurable toupet».

Peut-on imaginer la Francophonie dirigée par un Africain qui aurait servi de représentant de la puissance coloniale ayant asservi son pays? Non, mais apparemment on le peut dans le cas de Mme Jean.

C’est simple, en fin de semaine, la Francophonie devra décider si elle souhaite être prise au sérieux.

 

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