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Tendre Tinder ou le shopping amoureux

Tendre Tinder ou le shopping amoureux
Illustration Christine Lemus

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Mon amie Mimi est sur Tinder, cette application où on peut rencontrer des garçons (ou des filles, c’est selon) qui se trouvent autour de nous.

Son doigt flippe des photos de garçons sur l’application à la vitesse de la lumière, en parlant à voix haute.

«Non.

Non.

Non.

Ark.

Jamais de la vie!

Hé boy, non.

Faudrait que je sois soûle en ta...

J’ai peur.

On se calme sur les tatous, svp!

Bon, un autre cave en chest.

Non.

Non.

Je vais vomir.

Bon, un père asteure.

Si beau, mais si douchebag.

Trop hipster, trop de barbe, pis c’est quoi ces lunettes-là.

Bon, ça y est, un gars avec un serpent.»

Et moi, derrière son épaule, trop indulgente: «Mais laisse-lui une chance! Y’a l’air pas si pire que ça! On s’en fout qu’il soit chauve! Voyons, tu vas pas dire non, il a l’air fin, il aime les chats!»

Pas de morale

Maudite application de fou. Tant de gens qui se cherchent de la compagnie. On veut tellement s’assurer de ne plus être seul.

On a des applications pour parler en tout temps à nos parents, nos amis, nos patrons, nos collègues. On peut nous rejoindre partout, et à la fois se magasiner un amant, un chum, une «date», un ami, tout au long de la journée, entre deux courses à l’épicerie et une petite heure au gym. Pourtant, au lieu de garder nos yeux rivés sur nos écrans, peut-être devrions-nous les lever pour voir qui se trouve vraiment autour de nous.

Bon, ça y est! Encore de la grosse morale de «lâchez vos cellulaires» et revenez à l’essentiel. Blablabla. Ne vous inquiétez pas. Loin de moi l’idée de vous faire un discours moralisateur pour vous convaincre de retourner au 20e siècle.

Ce que j’aime...

J’aime pouvoir rejoindre mes proches quand je veux. Qu’ils puissent faire la même chose avec moi.

J’aime pouvoir regarder ce qui se passe dans la vie de mes vieux amis éloignés, que je ne vois pas aussi souvent que je le voudrais.

J’aime envoyer une petite pensée, un petit coucou, un merci, des félicitations, rapidement, par textos ou sur Facebook.

J’aime qu’on puisse se partager des photos, des vidéos, des messages et même qu’on puisse converser grâce à nos ordinateurs et nos téléphones intelligents.

J’ai une discussion sur Facebook avec deux amis à qui je parle tous les jours et qui me génère des dizaines de fous rires par semaine.

J’ai bâti une nouvelle langue composée uniquement d’émoticons et qu’une seule de mes amies peut comprendre. C’est notre langage secret à nous.

Bref, j’adore toutes ces espèces de rencontres virtuelles, ces relations épistolaires et le fait que grâce à mon maudit téléphone, je ne me sente plus jamais seule.

Pour une fille qui a passé sa jeunesse à déménager, et sa vingtaine à traîner seule dans des grandes villes, où elle ne connaissait personne, sans cellulaire, maintenant, je ne serai plus jamais seule. Je traînerai à jamais mes proches au fond de ma poche.

Bémol amoureux

Mon seul bémol, c’est l’amour.

Ça doit être mon côté romantique.

Oui, oui, je suis convaincue qu’on peut rencontrer des gens intéressants sur Tinder. Se faire des amis, des amants, des chums, des blondes. Je sais que ça peut aussi marcher sur les sites de rencontre et même en fouinant sur Facebook...

Mais ce serait bien d’arrêter de se magasiner. D’arrêter de se cruiser entre photos de profil. De partir à la chasse sur nos écrans, pour repérer nos proies, les comparer et accumuler les conquêtes.

Comme des objets de consommation.

Comme on magasine des chars.

On n’est PAS des chars.

L’amour bien réel

Je crois que plus on rencontre de gens, moins on a de place pour eux dans notre cœur, dans nos vies.

On peut flipper des photos à l’infini en espérant tomber sur un regard qui nous bouleversera, vaut mieux attendre de tomber sur deux grands yeux qui nous fixent, pour vrai. Qui nous séduisent, pour vrai.

Encore une fois, je ne juge pas la démarche. Même que je la trouve amusante, hilarante, excitante et qu’elle fait en sorte que mes copines ont un million de bonnes anecdotes à me raconter à la suite de leurs rencontres.

Mais pour Noël, je vous souhaite un amour bien réel et non pas en... pixel.

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