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La tricherie tue le sport

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Après une avalanche de louanges qui continue envers l’un des athlètes les plus honnêtes et intègres de son sport, en l’occurrence le regretté Jean Béliveau, il a fallu que le Centre Bell soit le site d’une farce monumentale.

Je précise que je n’ai pu assister au combat entre Jean Pascal et Roberto Bolonti. Regarder le combat à la télévision payante s’est toutefois révélé profitable, avec les nombreuses reprises, les gros plans et les commentaires.

Le sport repose sur l’honnêteté des athlètes. S’ils trichent, il n’existe plus. L’amateur se fait filouter. Tricher dans un sport collectif se révèle plus compliqué, car le résultat n’est pas toujours garanti. Ça dépend souvent de la position que le joueur occupe dans son équipe.

Un gardien peut faire en sorte de cafouiller volontairement avec la rondelle, la balle ou le ballon. Un coéquipier corrigera parfois ce qu’il estime être un geste malhabile, un autre laissera le rival qui manœuvre l’objet de convoitise échapper à sa surveillance. À l’occasion, c’est diminuer délibérément sa vitesse ou son temps de réaction qui placera son équipe dans l’embarras.

Pas de preuve

Dans le sport individuel, le bon comme le mauvais coup, celui-ci intentionnel ou non, passe rarement incognito. Ce qui nous ramène au combat sans décision entre Pascal et Bolonti, samedi.

Il est regrettable qu’un boxeur comme l’Argentin ne puisse être mis à l’amende ou suspendu pour une longue période après sa triste prestation. Allez donc prouver qu’il n’a pas été réellement assommé par le court crochet de droite illégal de Pascal au deuxième round.

Il y a bien eu des examens médicaux, mais ils n’ont absolument rien démontré. Le pugiliste a pu prendre son vol pour rentrer à la maison dès le lendemain après-midi. Sans plus!

Même le promoteur Jean Bédard, d’InterBox, ne pouvait rien affirmer. Que des suppositions dans le style: «S’il est dans l’avion, je présume qu’on l’a laissé faire parce qu’il allait bien.» Même Pascal a paru surpris par les conséquences.

De cette fin absurde, il se dégage la nette impression que Bolonti attendait tout simplement la première occasion pour feindre le k.-o. Une impression renforcée par une vidéo sur YouTube où on entend quelqu’un près de son coin lui crier de ne pas se relever (No te levantes). Si tel est le cas, le boxeur a volé la foule ainsi que ceux qui ont acheté ce gala à la télévision. Voilà une tricherie qui exigerait réparation. La décision de Bolonti n’implique pas son adversaire. On ne parle pas d’un combat truqué.

Gagner par disqualification

Le coup ne pouvait être aussi dévastateur. Est-ce que Bolonti a pu croire que l’arbitre n’a rien vu et gagner par disqualification?

Le dernier boxeur que j’ai vu si longtemps sur le dos, inerte, et sortir de l’arène sur une civière a été Cleveland Denny, le 20 juin 1980, au Stade olympique. Il y a toutefois laissé sa vie face à Gaétan Hart.

Les trois intervenants dans l’arène portent une part du blâme pour ce gâchis. Pascal a frappé après la demande de bris. L’arbitre Michael Griffin n’aurait pas vu le coup. Pourtant, il regardait bien les deux boxeurs, car il venait de les séparer.

Cette soirée bousillée termine une année très pénible pour la boxe au Québec. De quoi fragiliser la confiance de ceux qui doutent de ce sport.