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Trop de Québécois dans les urgences

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Les médecins de famille doivent prendre soin d’une population vieillissante sans les ressources nécessaires pour remplir cette tâche de plus en plus lourde. Faute de moyens, ils ne peuvent exercer pleinement leur rôle de guide dans le dédale du système de santé. Sans repères et sans guide, les Québécois multiplient les visites dans les urgences des hôpitaux et engorgent le système.

Telle est la situation difficile que décrit le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, dans son récent rapport sur l’évolution de la situation dans les urgences.

En 2012-2013, souligne-t-il, les urgences des hôpitaux québécois ont reçu 3,4 millions de visites. Sur une population de 8,1 millions, c’est une moyenne beaucoup plus élevée que celle des autres pays de l’OCDE.

Parmi celles-ci, 2,3 millions ont été des visites ambulatoires, ce qui signifie que plus de 60 % des personnes qui se sont présentées à l’urgence n’étaient pas des cas complexes et auraient pu être traitées ailleurs. Dans l’enquête, près de 45 % de ces patients ont affirmé qu’ils auraient plutôt consulté leur médecin de famille, s’ils avaient pu le faire.

Enfin, depuis 10 ans, les visites à l’urgence des gens de 75 ans et plus ont augmenté de 30 %. Cette tendance ira en augmentant à cause du vieillissement de la population.

Selon le rapport, en 2023, une personne sur trois sur civière à l’urgence aura 75 ans et plus.

C’est inacceptable, selon M. Salois.

Le rôle du médecin de famille

Un meilleur soutien en première ligne, la prise en charge des malades chroniques, l’informatisation du réseau et une revue de la rémunération des médecins font partie des solutions avancées.

Au-delà des ressources financières et matérielles, ce dont le système souffre le plus, c’est un problème d’organisation, pense le commissaire.

Comme on le constate, toutes ces solutions s’adressent d’abord et avant tout aux médecins de famille.

Quatre pistes

Il y a quelques années, j’ai proposé certaines idées qui permettraient d’augmenter l’efficacité du système. Elles avaient le mérite d’être simples. Les voici:

1 Réorganiser les services médicaux pour qu’ils soient plus efficaces et plus productifs. En ce sens, les médecins ne peuvent plus être les rois de petits royaumes inefficaces. Ils doivent plutôt accepter d’être les valets de plus grands royaumes fonctionnels.

2 Les cliniques médicales doivent offrir plus de services et être plus concentrées. On ne peut plus avoir des cliniques à tous les coins de rue.

3 Le médecin de famille ne doit plus travailler en vase clos, mais en équipe. Il n’est plus question pour lui d’être le meilleur joueur de l’équipe comme auparavant, mais plutôt de faire partie de la meilleure équipe de joueurs. Il doit donc davantage travailler en interdisciplinarité.

4 Le médecin de famille doit se concentrer sur le diagnostic et le traitement, les tâches connexes devant être transférées à d’autres professionnels de la santé.

Médecine familiale responsable

Dans un tel contexte, le médecin de famille doit être le principal intervenant à la porte d’entrée du système de santé et le responsable de l’organisation générale des soins médicaux.

Pour y arriver, il a besoin d’avoir accès à l’infrastructure nécessaire, aux plateaux techniques, y compris aux outils d’évaluation (imagerie, laboratoire) et à leurs résultats rapidement. Il doit aussi avoir un accès privilégié à l’expertise des médecins spécialistes, aux autres services de santé et au soutien administratif approprié. C’est à ces niveaux que les problèmes se font particulièrement sentir. Par exemple, depuis plus de 10 ans, le gouvernement a investi des millions dans l’informatisation des cliniques médicales. À ce jour, nous en sommes toujours au stade de projet pilote.

À l’avenir, le médecin de famille devra prendre en charge une clientèle de plus en plus vulnérable en raison du vieillissement accéléré de la population, de l’appauvrissement de la société, de la désintégration des structures sociales traditionnelles et de l’augmentation de l’immigration, pour ne citer que quelques exemples.

Sa tâche devient inévitablement plus lourde.

Tant qu’il n’aura pas les ressources techniques, informatiques et humaines pour réussir cette lourde tâche, le médecin de famille ne pourra pas suffire à la tâche et les urgences resteront l’échappatoire pour de trop nombreux patients.