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L’homme aux chats

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Contrairement à la majorité de mes compatriotes, la neige me ravit. Toutes les neiges me rendent heureuse. La floconneuse qui s’envole en plumetis, la collante qui s’accroche aux tuques, aux manteaux et aux arbres, la scintillante qui tourbillonne autour des réverbères, la constante qui tombe placidement des heures durant. Et cette indéfinissable odeur mouillée.

Douce semaine de décembre. Un aparté bienvenu avant la morosité qui nous gagne dès le lendemain du Jour de l’an. The most wonderful time of the year comme le chantent si bien Dean, Frank, Bing et les autres. Un temps pour l’intériorité qui installe une sorte de bienveillance envers soi et le monde.

Ce qu’il y a de magique avec la neige, c’est qu’elle agit comme un buffer, les puristes diraient un tampon avec la réalité criarde. Elle étouffe le bruit de la ville, elle ralentit le temps et rend nos habituelles agitations futiles.

Ainsi cette semaine, les chicaneries des maires et mairesses avec le ministre Moreau, l’outrecuidante exhortation à la générosité de Gaétan Barrette aux québécois, la surréaliste rénovation du bureau du petit ministre Jean D’Amour en période dite d’austérité, le remplacement à fort coût de mandarins péquistes de la fonction publique par d’autres, sympathisants libéraux, la plaidoirie échevelée de Me Leclerc, l’avocat de Magnotta, les accusations réduites portées contre la fameuse matricule 728... Tous ces agacements auraient pu faire le sujet d’un billet de blogue.

Inspirée par l’atmosphère lénifiante, j’ai plutôt été interpellée par la bonté du monde. Par sa poésie aussi au cœur de la vie d’un homme, un vétéran, René Chartrand, décédé dimanche à l’âge vénérable de 92 ans. Le père de cinq enfants a bâti de ses mains une cabane en bois et pris soin d'une colonie de chats sauvages sur la colline parlementaire de 1980 à 2008 jusqu’à ce que des problèmes de santé ne l’ empêchent de poursuivre sa mission. Qui eût pu imaginer pareil asile dans un environnement aussi austère ? Le refuge pour chats du Parlement n'est plus ouvert, mais il a déjà abrité plus de trente bêtes errantes. Cela avec l’aide de bénévoles qui prenaient soin des félins  et de dons privés.

 

Le monde est rempli de beaux mystères. Non, plutôt d’intentions et d’actes qui transcendent l’injustice ordinaire, la banalité du nombrilisme et de la cruauté. Certaines périodes de l’année nous invitent à nous y attarder.