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Le sort de Magnotta entre les mains du jury

Le sort de Magnotta entre les mains du jury
Photo Courtoisie

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Les jurés ont commencé leurs délibérations au procès pour meurtre de Luka Rocco Magnotta. Son sort est maintenant entre leurs mains.

«Vous êtes les juges des faits, leur a lancé le juge Guy Cournoyer dans son adresse finale. Mais vous devrez appliquer la loi que je vais vous expliquer.»

Douze des 14 jurés sélectionnés en septembre sont maintenant coupés du monde afin de décider du sort de l’accusé de 32 ans, qui avait tué Jun Lin le 25 mai 2012 pour ensuite mettre en ligne une vidéo où on le voit dépecer sa victime de 33 ans.

Magnotta est accusé de meurtre prémédité, mais aussi d’outrages à un cadavre, de production et distribution de matériel obscène, d’utilisation illégale de la poste et de harcèlement envers le premier ministre Stephen Harper et des membres du Parlement.

Les jurés auront à rendre cinq verdicts, soit un pour chacun des chefs.

Pour le chef de meurtre, les jurés auront le choix entre quatre verdicts. Outre ceux de meurtre prémédité et de non-responsabilité criminelle, le juge a ouvert ceux de meurtre au deuxième degré et d’homicide involontaire.

«Utilisez votre bon sens», a noté le magistrat.

Non criminellement responsable

En 12 semaines, deux thèses se sont affrontées dans cette affaire.

D’un côté, Me Luc Leclair de la défense plaide que son client devrait être reconnu non criminellement responsable de ses crimes. Car tout indique que Magnotta souffre de schizophrénie depuis plus de 10 ans. Il a d’ailleurs déposé le volumineux dossier médical de l’accusé depuis 2003.

Deux experts en psychiatrie légale avaient témoigné lors du procès, soutenant la thèse de la défense. Mais l’avocat avait surpris lors de ses plaidoiries en invitant le jury à écarter les 20 jours de témoignages d’experts.

À cet effet, le juge de son côté a expliqué aux jurés de ne pas prendre pour acquis tout ce que les experts ont dit. Et si les experts se basent sur du ouï-dire –c’est à dire des informations qui n’on pas été présentées en preuve–, la valeur du témoignage pourrait être moindre.

Notons que Magnotta n’a pas témoigné à son procès. Sa version des faits n’est donc pas dans la preuve.

«Si vous le déclarez non criminellement responsable, sachez qu’il ne sera pas libéré s’il pose un risque pour la société», a noté le magistrat.

Coupable

De l’autre côté, Me Louis Bouthillier de la Couronne est pour sa part convaincu que Magnotta s’était donné comme mission de commettre le meurtre parfait et d’échapper à la justice. Lors de ses plaidoiries, il n’a pas manqué de noter que l’accusé était ultra-organisé après le meurtre.

Magnotta avait en effet vidé son appartement, dépecé Jun Lin, envoyé des parties du corps à Ottawa et à Vancouver, en plus de prendre la fuite en France. Et quand un mandat d’arrestation avait été émis contre lui, Magnotta avait pris la fuite en Allemagne sous un faux nom.

Un courriel, envoyé six mois plus tôt à un reporter anglais, appuie aussi la thèse de la préméditation. Magnotta avait alors annoncé qu’il allait filmer un meurtre.

La Couronne a également noté plusieurs similitudes avec le films Basic Instinct. Magnotta avait par exemple peint son tournevis de couleur argent, tout comme le pic à glace utilisé dans le film. Son nom d’emprunt, Trammell, est similaire au nom du personnage incarné par Sharon Stone dans le film.

La mise en scène de la macabre vidéo ressemble également à la scène d’introduction du film.

«C’est vous qui devrez décider de la valeur que vous accordez à chaque élément de preuve», a rappelé le juge au jury.

Deux jurés exclus

Notons que huit femmes et six hommes ont entendu l’ensemble de la preuve. À la fin de ses directives, le juge a libéré les jurés 7 et 8 pour qu’il n’en reste que 12, comme le prévoit la loi.

Le juré numéro 7, un professeur d’université, a été exclu car il avait annoncé qu’il avait déjà des billets d’avion pour un voyage samedi.

«Je voudrais rester, mais je ne veux pas mettre de pression aux autres jurés à cause du voyage», a-t-il dit au magistrat.

Le juré numéro 8 est pour sa part parti sans dire un mot.

Le jury est composé de quatre hommes et huit femmes.

Les délibérations du jury sont confidentielles, et le verdict pourrait tomber n’importe quand.


Deux thèses opposées qui s’affrontent
La thèse de la Couronne
Magnotta doit être reconnu coupable des cinq chefs, dont le meurtre prémédité de Jun Lin. Il s’était donné pour mission de commettre le crime parfait et d’échapper à la justice.
Ce que risque Magnotta s’il est déclaré coupable
Prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant au moins 25 ans.
Les faits à retenir selon la poursuite
Jun Lin était la victime parfaite, car il n’avait pas de famille au Canada et sa disparition aurait pu passer inaperçue.
Il avait prémédité son meurtre et il avait même prévenu six mois plus tôt un journaliste anglais qu’il allait filmer le meurtre d’un homme.
«Il y a un dicton qui dit de ne pas se vanter si on n’est pas capable d’agir. Et Seigneur, qu’il a agi! Il n’aurait pas pu faire différemment.»
Il s’est livré à une répétition une semaine plus tôt avec un Colombien. Les images se sont retrouvées au début de la macabre vidéo.
«On ne voit à aucun moment le visage de M. Magnotta dans la version internet. Pourquoi la vidéo a-t-elle été éditée de cette façon? Il est narcissique, mais pas à ce point-là.»
Le film qu’il a diffusé présente de nombreuses similitudes avec Basic Instinct. Il a, entre autres, peint son tournevis de couleur argent, tout comme le pic à glace utilisé dans le film. La mise en scène et les noms utilisés sont aussi similaires au film mettant en scène Sharon Stone. «Il y a trop de coïncidences pour que ce soit une coïncidence.»
Il était ultra-organisé la nuit du meurtre et il a commencé à feindre la schizophrénie seulement après son arrestation à Berlin.
Il a lavé et vidé son appartement. Il a envoyé par la poste des parties du corps dépecé de l’étudiant chinois. Il a acheté un billet d’avion pour partir le lendemain en France.
Son comportement en Europe est compatible avec celui d’un fugitif. Quand il a vu qu’il était recherché, il a fui en Allemagne sous un faux nom.
«Il avait loué des chambres dans deux hôtels à Paris, peut-être pour brouiller les pistes. Il se savait recherché et il devait partir.»
Tous les témoins ayant interagi avec lui assurent qu’il paraissait normal.
Le diagnostic initial de schizophrénie de Magnotta n’était pas clair. Or, il est difficile de retirer ce diagnostic.

La thèse de la défense
Magnotta souffrait de schizophrénie paranoïde quand il a tué et dépecé Jun Lin. Incapable de différencier le bien du mal, il pensait que l’étudiant chinois était un espion à la solde de Stephen Harper.
Ce que risque Magnotta s’il est déclaré non criminellement responsable
Internement à l’Institut Philippe-Pinel jusqu’à ce que la Commission d’examen des troubles mentaux estime qu’il ne représente plus un danger pour la société. Son cas serait réévalué chaque année.
Les faits à retenir selon la défense
Son passé médical prouve qu’il souffre de schizophrénie.
«Les symptômes ne datent pas d’hier, les dossiers médicaux sont là, il n’y a aucun doute qu’il souffre de schizophrénie.»
«C’est impossible qu’il y ait eu un complot de psychiatre pendant 10 ans (sur le diagnostic de schizophrénie). Ce serait absurde.»
«La preuve est dans les rapports médicaux. La folie de M. Magnotta ne date pas d’hier, mais de 2001. La preuve parle d’elle-même.»
Les psychiatres experts de la défense estiment qu’il ne pouvait pas distinguer le bien du mal au moment de l’infraction, bien qu’ils se soient basés sur la version de Magnotta.
Le psychiatre expert de la Couronne n’a pas rencontré Magnotta et il avait un parti pris contre lui.
«M. Magnotta a droit au silence, ce n’est pas obligatoire de rencontrer les experts de la Couronne. Vous pouvez le prendre en considération, mais selon moi, ce n’est pas un facteur à considérer.»
La relation inventée de Magnotta avec Karla Homolka et la voix de Marilyn Monroe démontrent sa folie.
Son comportement calme et décontracté après avoir tué Jun Lin est indicatif de sa folie.
«Vous (les jurés) allez devoir vivre la folie, vous allez devoir vous mettre dans la tête de M. Magnotta.»
Le courriel envoyé à un reporter anglais six mois plus tôt, où il indique qu’il va filmer un meurtre, ne soutient pas la thèse de la préméditation malgré les apparences.
«Cette thèse est intéressante en surface, mais dans le contexte, on voit que c’est de la folie.»
Les similitudes entre le film Basic Instinct et le crime de Magnotta sont trop superficielles pour être prises en considération.
«Les similitudes sont superficielles.»

Les verdicts possibles
Non criminellement responsable de tous les chefs OU
Chef 1: Meurtre de Jun Lin
Coupable de meurtre prémédité
Coupable de meurtre au deuxième degré
Coupable d’homicide involontaire
Chef 2: Outrages à un cadavre
Coupable
Non coupable
Chef 3: Production et distribution de matériel obscène
Coupable
Non coupable
Chef 4: Utilisation illégale de la poste
Coupable
Non coupable
Chef 5: Harcèlement envers Stephen Harper et des membres du Parlement
Coupable
Non coupable