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Une affaire de famille

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Quand Kevin Bizier marchera vers l’arène pour son combat contre Jo Jo Dan, de son vrai nom Ionut Dan Ion, Mylaine Coutu, la conjointe du boxeur de Saint-Émile, restera à son siège au Colisée.
Pourtant, elle sait bien que le combat risque de devenir une réplique du premier, le 30 novembre 2013, alors que les deux antagonistes se sont furieusement battus, une bagarre à l’avantage du Roumain qui a remporté une décision partagée.
«Ça ne me dérange absolument pas de suivre les combats de Kevin. J’aime la boxe. Je l’ai connu au secondaire alors qu’il se battait chez les amateurs», explique-t-elle avec une belle assurance. Beaucoup de conjointes et de mères avouent leur incapacité à regarder l’homme qu’elles aiment entre les câbles.
Mylaine ne s’inquiète pas du résultat et de l’allure que prendra la bagarre. «Je le supporte et suis fière de lui. Je sais qu’un jour, Kevin rencontrera son homme. Jusqu’à maintenant, il domine ses combats et n’a perdu qu’une seule fois.»
Kevin apprécie sa présence parmi la foule même s’il ne pense plus trop à sa dame une fois que la cloche a sonné. «Elle sait que je me prépare bien et que je suis capable d’en prendre. Elle ne m’a pas encore vu me faire malmener dans l’arène.»
Pas les enfants toutefois
Bizier n’accepterait pas toutefois que sa fille Leila et son fils Aleck le regardent en action.
«Je me sentirais tellement mal pour eux si je mangeais une volée. Je me souviens de Miguel Cotto qui a été massacré par Manny Pacquiao (knock-out technique au 12e round). Son fils se trouvait à quelques pieds de l’arène. J’essayais d’imaginer comment ça pouvait être dur de voir son père souffrir comme ça.»
Le problème ne risque pas trop de se présenter dans la carrière active de Bizier. Il est âgé de 30 ans. Sa fille fêtera bientôt ses deux ans et son fils n’a que quatre mois.
«Je ne voudrais pas que ma poupoune voie son papa se faire frapper et blesser, ajoute Mylaine. Je pense comme Kevin. Nos enfants le verront se battre sur vidéo, une fois sa carrière terminée et seulement lorsqu’ils seront en âge de comprendre.»
Mylaine endure les hauts et les bas d’une carrière de boxeur. Elle sait que Kevin deviendra irritable vers la fin de sa diète pour atteindre son poids, car il s’avère une bonne fourchette. À l’approche du jour J, elle s’occupera encore plus de leurs deux enfants afin qu’il se repose et se concentre au maximum.
«Kevin ne pratique vraiment pas un métier traditionnel. J’ai accepté cette vie et je ne regrette rien.»
Trop d’accrochages
Demain, au Colisée, Bizier (22-1-0, 15 K.-O.) tentera de venger son échec contre Dan (33-2-0, 18 K.-O.). Le vainqueur et gagnant du titre intercontinental de l’IBF des mi-moyens se positionnera pour un combat de championnat du monde possiblement en 2015.
Bizier n’enlève rien au mérite de Dan dans le premier duel même s’il croit que lui aussi aurait pu gagner.
«La décision résulte de la vision des juges et de l’accrochage.» Cette tactique désagréable pour les spectateurs a trop servi la cause du Roumain. Bizier entend y remédier. D’ailleurs, Dan a perdu un point au 10e assaut.
«J’affiche une forme physique exemplaire et je me suis entraîné pour contrer cette stratégie qu’un boxeur utilise contre un rival agressif et fonceur, ce que je suis. Je ne viserai pas trop le K.-O. Je vais laisser aller mes mains.»
Et l’analyse de Mylaine? «J’ai remarqué un stress supplémentaire chez Kevin et j’aime ça. Il a été très bien entouré dans sa préparation.»


 

Le rêve d’un job à temps plein

Davantage qu’un titre national à ce stade-ci de sa vie, Sébastien Bouchard souhaiterait que la boxe devienne un métier à temps plein. L’athlète québécois, originaire de Baie-Saint-Paul, ne peut l’envisager pour l’instant.

Bien que son éthique de travail et son ardeur dans l’arène soient reconnues, les promoteurs le voient comme un boxeur de préliminaire. Bouchard (8-1-0, 2 K.-O.) affrontera le Belge Cedric Spera (11-2-0, 2 K.-O.), celui-là même qui vient de remporter une décision unanime en quatre rounds contre Stéphane Ouellet.

Il travaille plus de 60 heures par semaine au déchargement des produits céréaliers au port de Québec ainsi que pour Groupe Macadam, une entreprise de béton.
«J’ai beaucoup trop de temps mort entre mes combats. Je ne peux pas travailler autant que je le voudrais sur ma technique. Souvent, je dois faire du rattrapage dans le gymnase. Quand la boxe n’est qu’un «loisir» dans ta vie, tu ne peux démontrer tout ton talent.»

Pas de vie

Bouchard ne s’entraîne pas à des heures normales. Il se rend au club Empire à 4 h dans la nuit avant d’aller à son boulot et il y revient en début de soirée. Quand il rentre à la maison, il ne lui reste plus de temps pour une vie sociale. «Ma blonde est souvent couchée quand je pars et je rentre.»
Il n’a pas l’intention d’abandonner. «La boxe toutefois pourrait m’abandonner.»