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Ce n’étaient que des chiens

USA-NEWYORK/POLICE
Photo Reuters

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Ce n’étaient que des chiens. Ou des cochons, des bœufs ou des poulets, la basse-cour y passe au complet quand vient le temps de nommer ceux qui portent l’uniforme du policier. 

Deux de ceux-ci ont été tués hier dans les rues de New York. Ils prenaient place dans leur voiture patrouille et ont été tirés à bout portant, une exécution pure et simple.

Le suspect a pris la fuite a pied avant de suicider rapportent les médias. Il aurait annoncé son geste sur les réseaux sociaux et voulaient venger les morts inutiles d’afro-américains morts aux mains de la police à Ferguson et plus récemment dans la grosse pomme aux États-Unis.

Le contexte est à la manifestation contre les policiers. Les temps que nous vivons nous présentent beaucoup trop de violences commises par et contre ceux qui portent l’uniforme. Il y a un phénomène sans cesse grandissant de perte de respect d’autrui et de l’autorité et ce, depuis des années. À tort ou a raison, les flics sont plus rapides sur la gâchette diront certains. À charge de revanche, les agressions contre les symboles d’autorité sont aussi de plus en plus nombreuses.

Ce n’est pas la personne qui est visée, c’est l’emblème et l’insigne représenté par ceux et celles qui portent l’uniforme et se déplacent dans des voitures identifiées. La vengeance populaire est devenue justice au cours des derniers attentats visant les forces de l’ordre. Que ce soit au Canada, au Etats-Unis d’Amérique ou encore en France à Joué-lès-Tours.

On aura beau imputer ces actions et ces gestes à des déséquilibrés qui posent des gestes de représailles basés sur des raisons quelconques, il n’en demeure pas moins que la violence augmente. Et celle-ci, on le sait maintenant peut se produire à tout moment, n’importe où.

Les services de police doivent résister à l’envie de répondre à cette violence par encore plus de force. On l’a vu un peu partout lors de démonstrations, la tendance à se montrer plus gros, plus fort et surtout plus munis d’équipement quasi militaire ne donne rien. Ça devient presque des défilés militaires que l’on peu voir dans des pays où la démocratie est en option.

Je ne crois pas pour autant qu’il faut affaiblir ou diminuer la capacité des forces de police à répondre à la menace, quelle qu’elle soit. Une partie de la réponse est certainement ailleurs cependant.

Communication, Éducation et Formation

Ces trois mots représentent pour moi la base d’une solution à long terme en réponse à toute cette violence. Les policiers doivent réapprendre à mieux communiquer. Que ce soit entre eux en matière de renseignements ou encore avec la population, ceux qu’ils ont choisi de servir et de protéger.

La formation doit évoluer avec le temps. Les policiers ne peuvent pas toujours agir de la même façon avec une foule en colère, une population qui demande de plus d’être entendue. De plus en plus de citoyens expriment un ras le bol de l’autorité et des gouvernements. La réponse ne devrait pas toujours passer par la matraque et les gaz, on est en 2014 après tout.

À New York hier, deux policiers ne sont pas revenus du travail, ils ne reviendront jamais. Leurs familles et amis vont les pleurer au réveillon de Noël. Des funérailles imposantes sont à prévoir et on va certainement assister à un déploiement policier hors du commun de la part de la communauté des uniformes.

Et le chien dans ça ?

Le titre de ce billet est en partie responsable du fait que j’ai choisi d’être policier pendant 33 ans de ma vie. Tout jeune, comme certains plus vieux se souviennent sûrement, une émission de télé connaissait une certaine popularité. Ça s’appelait Auto-patrouille ou Adam-12 en anglais. On y présentait le quotidien de deux policiers de Los Angeles.

L’un des épisodes qui m’a marqué le plus débutait par les funérailles d’un policier mort en devoir. Tout au long de l’émission, le narrateur décrivait l’homme, le mari, le père de famille, l’ami et le frère qu’il était. On parlait peu de son travail, les images qui défilaient pendant l’éloge funèbre parlaient d’elles-mêmes.

On décrivait un être humain, pas une machine. Et l’émission se terminait sur ces mots dont je me suis inspiré pour mon titre « Peu importe tout ce que je viens de vous dire au sujet de l’homme qu’on porte en terre aujourd’hui, ça n’a aucune importance, ce n’était qu’un chien après tout ». Je savais à ce moment ce que j’allais exercer comme métier.

Ils ne sont pas parfaits, on ne le sait que trop bien. Il faudrait se rappeler que derrière tout uniforme se trouve une femme ou un homme qui a choisi de faire ce métier, cette profession. Peu importe la job, on devrait toujours être capable de revenir à la maison après le travail.

Deux policiers de New York ne pourront le faire depuis ce samedi fatal. Et je ne dirai pas peu importe, parce qu’après tout, c’était avant tout des hommes...