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Magnotta, la très dangereuse affaire

Magnotta
Illustration Delf Berg

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Comme beaucoup d’entre vous sans doute, j’ai poussé un soupir de soulagement à l’annonce du verdict de meurtre avec préméditation qui envoie Magnotta en prison pour 25 ans ferme obligatoire sans possibilité de libération. 
 

Je me suis dit que l’antipathique accusé, le monstre sadique allait être empêché de nuire et ne représenterait plus de danger pour la société. 

J’ai jonglé avec l’idée que l’on pouvait être schizophrène avéré ou avoir des troubles de la personnalité et être conscient que l’on faisait le mal  au moment de leurrer, de droguer, de tuer, de dépecer un autre être humain. 

J’ai essayé de supputer comment un malade mental -selon la défense- avait pu planifier avec autant de précision l’avant, le pendant et l’après du meurtre. Avec répétition, tentative de dissimulation du corps, envoi de colis, etc...

J’ai trouvé immensément triste le témoignage du père de Jun Lin qui repart sans avoir obtenu aucune des réponses qu’il était venu chercher. L’accusé n’ayant pas dit un traître mot, ni exprimé le moindre remord.

Mais je me suis aussi demandé 

Comment des jurés profanes en matière de règles de justice et de santé mentale avaient pu se dépatouiller avec 68 pages de directives aux jurés et des centaines de pages d’opinions contraires d’experts psychiatres. Même si ça leur a pris huit jours de délibération, ce qui n’est pas extraordinaire de l’avis même d’un avocat de la Couronne.

Comment un individu que l’on qualifie allègrement de malade mental avait pu être capable de formuler une pleine intention criminelle au moment de la préparation et de la commission de ses actes abjects. Et être également pleinement conscient des conséquences de ses gestes. 

Plus prosaïquement, quel criminel dit normal selon les règles admises annonce via lettres, vidéos, réseaux sociaux, communications avec des journalistes qu’il commettra des crimes horribles. 

Comment la population en était venue à croire qu’un verdict de non responsabilité criminelle assortie d’un emprisonnement à Pinel et de traitements psychiatriques s’apparentait à une sinécure et ne protégeait pas la société.  

Sans être une juriste, pourquoi et comment le fameux article 16 pouvait prêter à tant d’interprétations ?

J’ai été troublée 

D’entendre sur des lignes ouvertes, des citoyens se dire heureux, contents, ravis du dénouement de l’affaire. Comme si quelque chose de positif pouvait émaner d’une telle horreur. Et dans un bizarre amalgame, se réjouir de la crédibilité enfin retrouvée du système de Justice qui avait été mise à mal avec l’affaire Turcotte. 

D’en écouter d’autres se plaindre du coût exorbitant que ce moins qu’humain avait déjà et allait continuer de coûter aux contribuables.

De voir rejaillir le spectre de la peine de mort comme solution souhaitable à ce genre de crime.