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Noël à deux

Illustration Johanna Reynaud

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J’ai fait l’erreur de demander à ma grand-mère ce qu’elle voulait comme cadeau de Noël. Elle n’a rien répondu. Et elle s’est mise à pleurer.

J’ai aussitôt réalisé mon erreur. Je sais très bien ce qu’elle veut pour Noël. Elle veut que mon grand-père sorte de l’hôpital et qu’il soit auprès d’elle.

Plus on vieillit, plus on souffre, plus on ne veut que l’essentiel.

Cinquante ans ensemble. Cinquante Noëls.

Ils voudront dire quoi tous ces souvenirs de Noël, sans celui avec qui on les a tous passés?

Noël d’une vie

Il y a de ces Noëls dont on se souvient toute sa vie.

Celui où on reçoit un énorme cadeau inattendu.

Celui où toute la famille est réunie et le party pogne.

Celui où quelqu’un qu’on n’attend plus arrive par surprise.

Celui où on se dispute, après avoir trop bu.

Il y a ce premier Noël après une rupture. Où tout le monde nous regarde avec compassion, avec pitié. Ce premier Noël où on n’a pas le cadeau de notre douce moitié sous le sapin. Ce même Noël où on n’a pas à acheter de cadeau à une personne spéciale. Ce premier Noël où on se sent si seul dans le petit lit dans le sous-sol de nos parents. Ce lit où on était habitué d’être deux.

Il y a des Noëls seuls. Peut-être les pires.

Y’a des cyniques qui ne croient plus à rien. Ni à Noël ni à l’amour. Y’a des blessés qui aiment mieux ne pas se lancer, y’a ceux qui aiment mieux accumuler les conquêtes et y’a ceux qui partent au moindre problème.

Y’a les enfants du divorce qui aiment mieux ne pas prendre de chance, y’a les polygames qui vivent une double vie jusqu’à ce que la réalité leur saute en pleine face.

La durée

Je me rappelle qu’un ancien copain m’ait demandé pourquoi je voulais rester avec lui, malgré tout ce qu’il m’a fait subir. Je lui ai répondu que chez nous, on ne s’abandonne jamais. Et que dans les pires tempêtes, c’est là qu’on se serre et qu’on s’aime le plus. Ça ne l’a pas empêché de partir.

J’ai donc remis en question cette façon de penser en me disant que j’avais eu tort.

Mais aujourd’hui, lorsque je vois ma grand-mère, qui est avec le même homme depuis cinquante ans et qui espère qu’il sorte de l’hôpital pour le simple plaisir de dormir auprès de lui, de s’occuper de lui, de l’embrasser avant de dormir, de l’aider à se déplacer, de l’aimer même si c’est dur, c’est souffrant, c’est compliqué et bien je comprends à quoi ça sert, d’aimer.

Que l’amour ce n’est pas juste le beau, le pur, le plaisir, la romance.

Qu’on s’accroche aux belles années pour passer à travers les plus difficiles, et qu’après les tempêtes, on se retrouve, on se choisit à nouveau, on décide de continuer... Et après... quoi?

Après on passe nos dernières années avec la personne qui nous connaît plus au monde, plus qu’on se connaît soi-même. Et on remercie le ciel, que malgré la douleur, la maladie, le cancer...

Une femme ne souhaite qu’une seule chose pour Noël et c’est de se réveiller à nos côtés.

C’est une belle raison, pour ne jamais quitter le bateau. Et qu’au fond, ça doit être ça un peu ça, réussir sa vie.

Joyeux Noël, tout le monde. Je vous en souhaite un rempli d’amour.

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