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AFP

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Il est étrange de penser que, pendant les vacances, les gens ont tendance à lire des romans noirs ou des polars pour se détendre. Des histoires de sadiques, de meurtriers en séries, de flics alcooliques et de désespoir, pour se détendre, vraiment?

Il est étrange de penser que, pendant les vacances, les gens ont tendance à lire des romans noirs ou des polars pour se détendre. Des histoires de sadiques, de meurtriers en séries, de flics alcooliques et de désespoir, pour se détendre, vraiment?

Il est vrai que les romans complexes, qui ressemblent trop à nos vies, les romans flous, ou le bien et le mal ne sont pas clairement identifiés, se terminent souvent, comme dans la vraie vie, sans qu’on puisse vraiment trancher entre ce qui était bien et ce qui était mal.

Il y a quelque chose d’indéniablement frustrant, dans la vraie vie, et dans les romans complexes. Car les menaces y viennent de partout, on ne sait jamais quand la catastrophe se pointera. Votre amoureuse qui vous trompe, votre fils qui devient toxico, votre boss qui se paye un trip de pouvoir, l’inspecteur des impôts qui se met sur votre cas... Et la maladie, et le chômage, et la simple et terrifiante difficulté de vivre... Tout est, dans la vraie vie, une menace potentielle, et quand on s’arrête à y penser deux minutes, on ne peut qu’être terrifié. Même ce qu’il y a dans notre assiette peut nous tuer, et l’air que nous respirons, et la boisson dans nos verres et l’avenir qui est tellement incertain qu’il nous vient parfois l’envie de baisser les bras parce que, à quoi bon tout ça, si c’est pour mourir de toute manière, vieux et indigent, lavé à la débarbouillette par des préposés sous-payés et bousculés par le temps? Mais nous cherchons toujours la porte de sortie, le mensonge rassurant et la détente par la distraction, parce que nous sommes essentiellement des animaux animés par un puissant instinct de survie.

Lecture rassurante

D’où les polars et les romans policiers. «D’accord, il avait souvent des difficultés, commettait des erreurs, mais quant les menottes se referment en claquant autour des poignets de l’enfoiré et qu’on lui dit, «Vous êtes en état d’arrestation», ce court instant remet à l’endroit les pendules de l’univers.»

Cette citation est tirée de la page 135 du Kobra de l’écrivain sud-africain Deon Meyer. Un bon polar bien noir, avec assassin professionnel et magouilles au plus haut niveau. Une bonne lecture de vacances, des dizaines de morts par balles, un vrai flic alcoolique quoique sobre depuis peu, un pickpocket et quelques sbires de la haute finance prêts à tout pour se garder les profits de l’évasion fiscale et de l’argent de la mafia.

C’est un roman aussi rassurant qu’une plage de sable blanc sous un soleil tropical pendant une semaine de tout inclus du mois de janvier. Une sorte de mensonge chèrement payé, mais diablement rassurant.

Seulement, ça ne dure pas, un bon polar, ni une semaine de tout inclus. Il faut revenir dans la vraie vie, après, et il fait frette en titi. Et le commun des mortels n’a pas beaucoup l’occasion de passer les menottes à un enfoiré, malheureusement.

C’est souvent le contraire, d’ailleurs.

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