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Les racines de nos enfants

Les racines de nos enfants
illustration benoit tardif, colagene.com

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Maintenant adulte, Sophie-Anne, qui a vécu la séparation de ses parents dans l’enfance, consulte un psychologue pour sauver sa relation de couple qui bat de l’aile depuis quelque temps.

La période des Fêtes, qui tire maintenant à sa fin, lui est particulièrement douloureuse. Pendant sa thérapie, elle a mentionné qu’elle préférerait partir bien loin plutôt que de vivre le déchirement des réunions de sa famille et le choix difficile entre son père et sa mère.

Sophie-Anne voudrait bien satisfaire tout ce beau monde, mais elle ne sait plus où donner de la tête, ni même ce qu’elle voudrait pour elle-même à part être loin des chicanes...

Séparation à répétition

Nous sommes devenus des consommateurs impatients.

De nos jours, il est facile de remplacer rapidement les objets: la technologie évolue à toute vitesse et les gens achètent le plus récent modèle ou encore jettent tout appareil qui montre le moindre signe de ralentissement. Cette tendance se retrouve également dans les relations de couple.

Les statistiques parlent de 50% des couples qui se séparent.

Dès l’apparition d’un différend, la relation est menacée. Si les tensions persistent, le couple se brise. Vite, il faut passer à une autre.

Les émotions et le développement affectif ne suivent pourtant pas la vitesse des technologies.

Les gens, et particulièrement les enfants, ont besoin de temps pour s’adapter à un changement, connaître et s’attacher à de nouvelles personnes, faire le deuil (d’un quartier, d’une maison, des amis, d’un animal, etc.).

Lorsqu’une famille se recompose, les adultes demandent aux enfants d’aimer rapidement les nouvelles personnes (conjoint, enfants du nouveau conjoint). Parfois, ils insistent pour que l’enfant appelle les parents du nouveau conjoint «mamie et papi», en laissant de côté les liens avec les mamies et papis biologi­ques.

Le temps de s’adapter

Quand on pousse un enfant à s’adapter rapidement, il risque de perdre ses repères. Son développement, son identité, son sentiment d’exister peuvent souffrir des changements brutaux qui lui sont imposés.

Ce n’est pas un hasard si la généalogie et la recherche de ses racines con­nais­sent une popularité croissante.

Si on déracine un arbre, il lui faudra du temps pour qu’il s’enracine solidement. Et si ça se produit à plusieurs reprises, il restera peut-être plus fragile qu’un autre.

Il en va de même pour l’enfant; couper ses racines sans lui apporter du soutien, du temps et des outils pour guérir, c’est le rendre fragile pour longtemps.


Sept trucs pour préserver des liens solides avec son enfant

1) Tenir compte du rythme de l’enfant lors des changements, lui donner du temps pour s’adapter et développer des liens; l’adaptation au changement peut prendre entre six mois et un an.

2) Lui permettre de vivre son deuil par des comportements de régression (parler bébé, mâcher son crayon ou son chandail, être plus triste et maussade, faire des colères, avoir des comportements qu’il avait auparavant).

3) Faire son arbre généalogique et préciser le rôle de chacun: le conjoint de la mère, ce n’est pas le papa et il ne le remplacera pas, mais il peut faire de la discipline. Ou encore la mère de la nouvelle conjointe ne remplacera pas sa grand-mère, mais elle peut être une grand-maman qu’on peut appeler par son prénom ou son nom de famille.

4) Garder les contacts significatifs pour l’enfant avec la famille (grands-parents, cousins, oncles et tantes biologiques) ou les amis, même s’ils sont loin. Continuer d’en parler, car les personnes continuent d’exister dans le monde interne de l’enfant: regarder des photos, envoyer des mots, des dessins ou appeler au téléphone.

5) Après une séparation, donner des repères significatifs dans le temps par des événements qui reviennent: traditions, activités, rencontres familiales, voyage.

6) Donner affection et temps à l’enfant sans l’inonder de matériel (jeux, bonbons) pour compenser les sentiments de tristesse ou de culpabilité.

7) Nommer les émotions de peine, de tristesse, de colère, d’impuissance et lui permettre de les vivre; il faudra au préalable que le parent accepte que son enfant les vive!