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Massacre à Charlie Hebdo

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Un acte de terrorisme sauvage et spectaculaire a été commis à Paris mercredi. Est-ce là un nouvel épisode d’une vague de terrorisme à saveur islamiste? Rien n’est moins sûr. Quelques données pour mieux comprendre.

Depuis les attaques du World Trade Center, les pays occidentaux, dont le Canada, ont augmenté de manière vertigineuse les pouvoirs et les budgets de leur appareil sécuritaire. Or, les résultats sont extrêmement minces, pour ne pas dire qu’ils tiennent du placebo. Quoi qu’il en soit, cette mobilisation est une des principales raisons pour lesquelles nous entendons parler de terrorisme au quotidien.

Stephen Harper et Steven Blaney ont également profité de l’événement pour nous rappeler que nous ne sommes pas «immunisés contre le terrorisme» (c’est-à-dire, «ayez peur, mais faites-nous confiance»). De plus, si on n’hésite pas à utiliser le mot «terrorisme» quand on peut le conjuguer à «musulman», les Justin Bourque et les Glen Gieschen peuvent comploter et tuer, mais, eux, ils ne terrorisent jamais (Glen Gieschen, c’est qui? Exactement).

Analyse dangereuse

La guerre des cultures ou des civilisations: les musulmans sont comme ci, les musulmans sont comme ça, et «nous» on est... bien mieux. Cette analyse binaire de la situation est non seulement erronée, elle est dangereuse. D’une part, elle introduit et intensifie les divisions entre citoyens et la marginalisation de groupes qui vivent déjà des difficultés. Ironiquement, elle est calquée sur l’analyse que font les extrémistes de la situation et participe à ce qu’elle se manifeste dans la réalité en encourageant la marginalisation des immigrés et leur rejet par leur pays d’adoption (stoppez l’immigration, renvoyez-les chez eux et une foule d’autres solutions tout aussi géniales dont la twittosphère a le secret).

Même chose avec l’idée, franchement médiévale, que tous les musulmans doivent dénoncer cet acte. Elle implique que n’importe quel musulman porte une responsabilité pour les actes de n’importe quel autre. Il n’y a aucune éthique qui permette une telle conclusion — mis à part le bon vieux sectarisme qui bien sûr est en recrudescence intense. Si des musulmans choisissent d’adhérer à #notinmyname, grand bien leur fasse; mais personne n’a le droit de l’exiger.

La liberté d’expression fait déjà couler beaucoup d’encre. En partie parce que le sujet préféré des médias, c’est... les médias. Cela dit, les attaques contre Charlie Hebdo (et beaucoup d’autres journalistes ailleurs) étaient moins philosophiques et tenaient davantage de la glorification grandiloquente d’une image particulièrement abrutie de l’Islam — les attaquants ayant d’ailleurs crié qu’ils avaient vengé le prophète.

Provocation

Quand les trois attaquants seront identifiés, on découvrira sans doute qu’il s’agit de vétérans (comme en témoignent leurs tactiques et leurs armes) d’un conflit armé dont les buts politiques ont été justifiés par l’islam, et qui en France étaient en mal d’action décisive contre des ennemis perçus d’Allah.

On a beaucoup dit, dans les dernières heures, que la réponse la plus noble à cette attaque serait de re-publier les caricatures «controversées» de Charlie Hebdo, pour montrer au monde que les terroristes ne gagnent pas. C’est une justification logique pour nous, mais pas pour les terroristes, qui n’apprendront pas ce qu’on veut leur enseigner. Au contraire, ils y verront une provocation, et une preuve additionnelle que leurs actes sont nécessaires. Il ne faut donc pas s’imaginer de freiner ainsi le terrorisme. Toutefois, il est impératif, effectivement, de nous prouver à nous-mêmes que nous savons résister à la terreur.​