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De la peinture pour masquer la pauvreté

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PÉTIONVILLE | Bleues, rouges, jaunes, vertes, mauves. Des milliers de maisonnettes d’un bidonville, dans les collines de Pétionville, ont été repeintes aux frais de l’État avec des couleurs éclatantes. Une mosaïque artistique aussi remarquable que controversée.

«Beauté contre pauvreté», peut-on lire sur une affiche vantant les mérites du projet, en hommage au peintre haïtien Préfète Duffaut, mort en 2012. Il était adepte des couleurs joyeuses, intenses, saturées pour illustrer ses villes, villages et paysages fictifs.

Daniel Mallard/JOURNAL DE QUEBEC

L’effet recherché est franchement réussi. De loin, le coup d’œil est impressionnant. Même si la transformation extrême est inachevée.

Le bidonville «Jalousie», comme on l’appelle, ressemble de plus en plus à une favela de Rio.

L’État haïtien s’en est aussi inspiré.

Daniel Mallard/JOURNAL DE QUEBEC

Une opération cosmétique?

Cette œuvre à grande échelle masque toutefois une dure réalité.

Au-delà du spectacle haut en couleur, environ 50 000 personnes y sont entassées et sont nombreuses à vivre dans la précarité. Les maisons, souvent rudimentaires, sont construites dans une pente abrupte déboisée, s’exposant ainsi à de dangereux glissements de terrain lors des fortes pluies.

Daniel Mallard/JOURNAL DE QUEBEC

Pour plusieurs Haïtiens rencontrés par Le Journal, il ne s’agit que d’une opération cosmétique visant à cacher la misère et charmer les étrangers en améliorant le coup d’œil de ceux qui louent une chambre d’hôtel à Pétionville, la banlieue riche.

Le gouvernement haïtien s’en défend vigoureusement.

«Pour répondre à nos détracteurs, je dirais que le projet existait bien avant la construction du Best Western», rétorque Michel Brunache, le porte-parole de l’ex-premier ministre Laurent Lamothe.

Des maisons restaurées

Environ 4 M$ US ont été investis jusqu’à présent.

Mais l’argent n’a pas été injecté uniquement dans le crépi et la peinture, assure-t-il.

Daniel Mallard/JOURNAL DE QUEBEC

«Les maisons ont été réhabilitées. On les a consolidées, on a refait la maçonnerie, du bétonnage interne. On a construit des dispensaires [pour les soins de santé], des écoles primaires et secondaires, on a élargi les routes et on a construit des citernes pour amener l’eau potable...»

Bref, insiste-t-il, les conditions de vie se sont nettement améliorées depuis le séisme.

Il s’agit même, dit-il, d’un quartier «très paisible».

Un bilan plus que positif, à des années-lumière du portrait peu élogieux de l’agence haïtienne Alterpresse, qui évoquait le «calvaire quotidien» des habitants de Jalousie il y a un peu plus d’un an.

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