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Le malheur s’acharne sur des milliers de réfugiés

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PORT-AU-PRINCE | Victimes d’expulsions arbitraires, des milliers d’Haïtiens qui avaient tout perdu le 12 janvier 2010 ont vécu une deuxième épreuve dans les dernières années, après avoir été chassés de leur abri de fortune.

Depuis 2010, des centaines de milliers de familles ont quitté les camps pour différents types d’hébergement, plus ou moins provisoires, mis à leur disposition dans le cadre d’initiatives coordonnées par le gouvernement haïtien, avec le soutien de plusieurs organisations non gouvernementales.

Deux policiers québécois inspectent le pied infecté d’une jeune fille qui s’est blessée il y a plusieurs mois.
Photo Le Journal de Québec, Daniel Mallard
Deux policiers québécois inspectent le pied infecté d’une jeune fille qui s’est blessée il y a plusieurs mois.

La disparition graduelle de quelque 1400 camps de déplacés sur 1555 camps est inévitablement présentée au monde entier comme une bonne nouvelle par le gouvernement haïtien. Mais derrière les statistiques et le beau portrait de la diminution du nombre de camps se cachent plusieurs drames.

Évictions sauvages

Tous n’ont pas eu la chance de se reloger à leur rythme. Au stade Sylvio-Cator de Port-au-Prince, 514 familles de réfugiés ont dû quitter les lieux promptement à l’été 2011 sous la supervision de la police nationale, devant l’imminence d’un événement sportif. En revanche, les chefs de famille se qualifiaient pour une indemnisation de 10 000 gourdes (un peu plus de 200 $ US).

L’indemnité ne fait pas toujours partie de l’équation. Les évictions sauvages, sans avis raisonnable au préalable, ont été nombreuses. Ceux qui revendiquent un droit de propriété sur les terrains n’empruntent pas toujours la voie légale.

«Quand il y a des évictions, les comités des camps nous téléphonent, raconte le policier de Québec Charles-Scott Simard, qui travaille pour la police des Nations Unies. Il y en a eu trois dans le secteur de Delmas récemment. Les papiers semblaient légaux et c’était mené par le gouvernement. On s’est juste assurés que ça se fasse dans le respect des droits de l’homme.»

Un camp rasé par un bulldozer

«Malheureusement, on entend des histoires où c’est complètement l’inverse, dit-il. Dans un grand camp de 900 familles, les gens avaient reçu plusieurs avis, mais ils n’avaient nulle part où aller et ils sont restés là jusqu’à la dernière minute. Ceux qui ont ordonné l’expulsion sont arrivés avec un bulldozer et ils ont rasé le camp en 15 minutes.»

Selon l’Organisation internationale pour les migrations, plus de 16 000 familles ont été expulsées de force de 175 camps différents entre juillet 2010 et mars 2013.

Dans un rapport intitulé «Nulle part où aller», publié en 2013, Amnistie internationale avait documenté de nombreux cas d’expulsions forcées des camps, en violation des droits de l’homme. «La plupart du temps, ces logements sont détruits à la main, les bâches sont déchirées à l’aide de couteaux et de lames de rasoir et les piquets sont mis à terre. Ensuite, quelqu’un passe avec un tracteur pour déblayer les décombres. Ces personnes se retrouvent de nouveau à la rue et ont souvent du mal à trouver un autre endroit où reconstruire leur vie.»