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L’État haïtien craint pour son image à l’étranger

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Photo Le Journal de Québec, Daniel Mallard Un homme transporte à lui seul un cercueil dans les rues de Port-au-Prince.

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PORT-AU-PRINCE - Les membres du gouvernement haïtien, rencontrés par Le Journal en pleine crise électorale, à la fin de l’année 2014, redoutent les répercussions sur la scène internationale de ce nouvel épisode d’instabilité. 

Dans un pays comme Haïti, dont la réputation a été ternie dans les dernières décennies par les coups d’État, la dictature des Duvalier, la corruption et l’extrême pauvreté de ses habitants, il n’en faut pas beaucoup pour ébranler la confiance des investisseurs étrangers qui sont de plus en plus nombreux à miser sur la «Perle des Antilles». 

Les effets d’une nouvelle crise risquent d’être catastrophiques pour la réputation internationale du pays qui peine à se relever et à se débarrasser de l’étiquette du pays le plus pauvre des Amériques. 

«Sans cette stabilité, on n’ira nulle part. Et pour un pays aussi fragile politiquement qu’Haïti, la stabilité est un point crucial pour nous, c’est incontournable», nous a confié le Dr Rudy Heriveaux, ministre de la Communication de l’administration Martelly-Lamothe, quelques semaines avant la démission du premier ministre. 

«Il y a eu beaucoup de turbulences politiques ici. Nous avons une histoire un petit peu agitée. Et ça, c’est un euphémisme... Mais nous travaillons pour sortir de cette spirale infernale et pour qu’un président élu puisse passer normalement et sereinement après 5 ans au pouvoir, et qu’il soit remplacé par un autre. Ça, c’est mon combat personnel» avait-il déclaré au Journal.

«C’est aussi la philosophie du pouvoir qui est en place. On a toujours des problèmes mais on peut les résoudre dans le dialogue», avait insisté celui qui n’a pourtant pas hésité à qualifier ses opposants politiques de «cafards» dans un texte publié le 12 novembre. 

L’ex-premier ministre Laurent Lamothe, qui a démissionné à la mi-décembre pour tenter de dénouer l’impasse, se désole qu’on projette dans le monde l’image d’une Haïti déchirée et de manifestations violentes qui tournent au vinaigre. 

«Nous avons eu une période de stabilité politique importante pendant ces trois ou quatre dernières années et nous allons faire de notre possible pour maintenir cette stabilité qui est indispensable au progrès», avait-il déclaré, en entrevue, avant de se «sacrifier» dans l’espoir d’une sortie de crise. 

La signature d’un accord, fin décembre, entre le président Martelly, le Sénat, le président de la chambre des députés et le président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, permet d’espérer. Le mandat des parlementaires sera prolongé jusqu’en avril alors que ceux des sénateurs se poursuivra jusqu’en 2016. 

Si l’entente est respectée, la formation d’un nouveau Conseil électoral provisoire pourrait déboucher sur la tenue d’élections législatives, municipales et locales d’ici quatre mois. L’élection présidentielle aura lieu en novembre. 

Entre-temps, le Mopod (Mouvement patriotique de l’opposition démocratique) continue de réclamer la démission hâtive du président qui, rappelons-le, n’aura pas le droit de solliciter un deuxième mandat en vertu de la Constitution de 1987.