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«On a besoin de touristes ! »

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Photo Le Journal de Québec, Daniel Mallard Haiti cinq ans après le tremblement de terre, Louis Saurel, artiste peintre et vendeur de toiles, en face de l'hotel Kinam a Petionville.

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PÉTIONVILLE – «Il y a des semaines assez bonnes mais d’autres qui sont vraiment mauvaises. Des fois, on ne vend rien du tout. On a besoin de beaucoup plus de touristes, comme en République Dominicaine.»

Louis Saurel, un artiste-peintre qui vend ses toiles dans la rue à Pétionville, tire le diable par la queue. Il s’est installé, avec d’autres artisans et marchands de tableaux, en face de l’hôtel Kinam, fraichement rénové. 

À tous les matins, il accroche ses toiles, bien en vue, sur une clôture grillagée haute de trois mètres. Il espère attirer les regards des passants et des clients de l’hôtel sur ses œuvres. Il est en mode survie. 

À chaque fois que l’un d’eux traverse la rue, l’espoir renaît. Louis Saurel est prêt à tout pour conclure une vente. «Viens ici mon ami, je vais te faire un bon prix...» Un argument que ses compétiteurs répètent à tour de rôle. La compétition est forte, sur cette rue, avec le quartier Jalousie en toile de fond. Les vendeurs s’arrachent les clients.

Des ventes record en 2010

Paradoxalement, le séisme a eu du bon pour lui, sa femme et ses six enfants. Il lui a permis de vivre beaucoup mieux, en 2010. Son commerce roulait à un train d’enfer. Il dit même avoir vendu de grandes toiles «à 500$ et 600$ américains». 

«Après la catastrophe, ça marchait très bien. Des gens achetaient des toiles pour nous aider. C’était magnifique pour nous. Des fois, je voulais vendre des toiles à 50$ mais les gens nous donnaient plus que ça parce qu’ils savaient très bien que, après le 12 janvier, les choses n’allaient pas trop bien en Haïti.»

Mais les affaires ont piqué du nez dans les dernières années. «Maintenant, c’est plus tranquille. Les ONG ne sont pas là et il n’y a plus beaucoup d’étrangers. On a besoin de touristes. Et il faut dire aux gens que ce qu’ils pensent d’Haïti, ce n’est pas du tout vrai. Si les étrangers veulent visiter, il n’y a pas de problème parce que les Haïtiens n’ont pas de problème avec les étrangers», insiste-t-il. 

Haïti, ajoute-t-il, est devenu un pays «très calme». Il n’a que de bons mots pour le président Martelly. «C’est la première fois depuis ma naissance que je vois un gouvernement travailler comme ça. Moi, j’ai un enfant qui va à l’école et je n’ai rien payé pour lui. C’est quelque chose ! Depuis ma naissance, ma famille paie toujours pour moi.»

Un pays sans touristes, «c’est un pays mort»

Le marchand voisin, Baptiste Joncas, garde espoir même s’il fait face aux mêmes difficultés. Il saute sur l’opportunité quand il aperçoit Le Journal, pour tenter de nous vendre des tableaux mais surtout...son pays, dans un vibrant appel aux Canadiens. 

«En Haïti, il n’y a pas de problèmes. On a des beaux hôtels et nous pouvons recevoir beaucoup de touristes. La cuisine haïtienne est délicieuse !», s’exclame-t-il, à la fois nerveux et soucieux de nous convaincre de diffuser son message. 

«Parfois, je gagne 10$, 20$ américains. Parfois, je passe une semaine sans rien vendre. Mais si le pays continue à marcher, je vais pouvoir gagner ma vie avec les touristes parce qu’un pays qui n’a pas de touristes, c’est un pays mort», laisse-t-il tomber.