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Unité, dignité, solidarité

Citizens carrying a giant cardboard pencil reading "Not Afraid" take part in a Hundreds of thousands of French citizens solidarity march (Marche Republicaine) in the streets of Paris
REUTERS

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« Alerte à la bombe à Bordeaux ! »

« Alerte à la bombe à Montpellier ! »

« Coups de feu dans le métro ! »

« Coups de feu près de la tour Eiffel ! La place du Trocadéro est évacuée ! »

Voici ce qu’on entendait, vendredi, à Paris. Une mauvaise nouvelle après l’autre. Laquelle était vraie, laquelle était fausse ? Bien malin celui qui pouvait le savoir.

Un journaliste m’a même fait entendre un extrait d’un message audio qui circulait sur Internet, et qui promettait aux Parisiens une attaque terroriste pire que celle du 11 septembre. « Restez chez vous, barricadez-vous, ça va être pire que le World Trade Center ! »

Mauvaise blague ? Menace sans fondement ? Allez savoir. À Paris, ces jours-ci, tout est possible.

Les gens ne se surprennent plus de rien. Après tout, quelle personne censée aurait cru que Cabu, Wolinski et Charb tomberaient sous les balles de terroristes... pour avoir fait des dessins ?

 

ÉTAT DE SIÈGE

 

Quand les médias ont annoncé que deux prises d’otages avaient lieu simultanément, j’ai senti que Paris vacillait. Comme si quelqu’un avait frappé un malade qui était déjà à terre.

« Mais quand ça va s’arrêter ? », m’a lancé une dame, au bord des larmes. « C’est terrible, c’est le néant », répétait un vieil homme en déambulant près des locaux de Charlie Hebdo...

C’est la question que tous les Français se posent. Oui, les deux prises d’otage ont pris fin (celle de la porte de Vincennes dans un bain de sang). Mais qui peut nous assurer que d’autres illuminés, excités par les derniers événements, ne prendront pas la relève ? Qu’ils ne frapperont pas dans cette épicerie, dans cette banque, dans cette école ?

Comment une société qui a la liberté à cœur peut-elle se protéger contre la folie ? Contre le radicalisme religieux ? Contre les supposés « loups solitaires » qui attaquent la République au nom de la meute islamiste ?

 

CONTRE L’INTOLÉRANCE

 

Cela dit, si la France est inquiète, si la France est craintive, elle ne plie pas pour autant les genoux et ne cède pas à la tentation du repli identitaire.

On pourrait dire que sa nouvelle devise est « Unité, dignité, solidarité ».

Tous les soirs, à 18 h, devant la Place de la République (où trône une statue de Marianne, LE symbole par excellence de la République, décorée pour l’occasion de milliers de crayons de couleurs et de dessins de Charlie Hebdo), des Français de tous âges, de toutes allégeances politiques et, surtout, de toutes origines, se rassemblent, histoire de montrer que la France est encore debout.

On ne parle pas, on ne fait pas de discours. On est juste là, pour dire aux adeptes de l’obscurantisme que la terreur ne fera pas tomber la France dans les bras de la haine ou de la peur de l’Autre.

« Allez magasiner », disait stupidement George W. Bush au lendemain du 11 septembre.

Ici, on lutte contre l’obscurantisme en se tenant les coudes. Et en louangeant les beautés de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Cette France m’émeut. M’inspire. Et suscite toute mon admiration.