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Caisse de dépôt: Dangereux précédent

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Quand la Caisse de dépôt et placement connaît de mauvaises performances ou qu’elle se plante royalement de 40 milliards, comme en 2008 en raison de mauvais investissements dans les papiers commerciaux, le pouvoir politique se réfugie derrière un prétendu mur coupe-feu entre le gouvernement et les dirigeants de la Caisse.

L’ex-premier ministre et ex-ministre des Finances Jacques Parizeau a déjà confié qu’il rencontrait à peu près une fois par semaine le président de la Caisse lorsqu’elle était sous la direction de son ami Jean Campeau. Je soupçonne que ce n’était pas pour discuter de la programmation de l’Orchestre symphonique de Montréal!

Bar ouvert

Intervenir en soutien à l’économie du Québec fait partie du mandat de la Caisse depuis sa création. Mais je ne me souviens pas que, dans son histoire, elle se soit soumise à une pareille commande politique, soit de fournir des milliards en remplacement du gouvernement, pour construire et gérer des services publics. Il faudra d’ailleurs modifier sa loi pour qu’elle puisse le faire.

Il s’agit d’un dangereux précédent. La porte sera ouverte. Le maire de Québec, Régis Labeaume, voudra son tramway. Ce qui est bon pour Montréal devrait être bon pour Québec, plaidera-t-il. Celui de Lévis, Gilles Lehouiller, réclamera un nouveau lien entre Lévis et Québec. Cela n’aura plus de fin.

La politisation de la Caisse va même plus loin. L’entente entre le gouvernement et la Caisse prévoit de plus que l’État sélectionnera les projets dans lesquels l’argent de notre bas de laine pourrait servir.

Rappelons-nous du scandale de la Gaspésia dans laquelle la SGF a englouti des centaines de millions pour remplir une commande politique.

Les deux premiers projets retenus ont été désignés publiquement mardi, avant même que leur rentabilité ait été vérifiée. Si les études concluent à leur non-rentabilité, la Caisse sera-t-elle vraiment libre de les annuler? Il est évident que non. Elle a le bras pris dans le tordeur.

Non-rentabilité

D’autre part, le transport collectif n’a jamais été rentable au Québec, le gouvernement doit le subventionner de plusieurs centaines de millions par année. Il augmente continuellement les taxes sur l’essence ou les droits d’immatriculation pour financer le transport en commun.

Il ne deviendra pas subitement rentable parce que l’argent proviendra de la Caisse plutôt que du ministre des Finances.

La rentabilité dépendra des tarifs chargés aux usagers des équipements de transport de la Caisse. Les pressions seront très fortes sur le pouvoir politique pour maintenir ces tarifs au plus bas niveau possible.

Si le gouvernement peut passer une commande à la Caisse d’investir plusieurs milliards dans des infrastructures de transport, il suffira d’un simple coup de fil pour faire geler les tarifs avant des élections. Le modèle des frais de scolarité et des garderies à 5 $ sera ainsi reproduit une fois de plus.

Quand il y a de l’argent à faire, le privé se précipite. Il ne l’a pas fait pour les deux projets confiés à la Caisse.

Une nouvelle fois au Québec, on privatise les profits, mais on socialise les risques et les pertes.