/opinion/blogs/columnists
Navigation

Paris après Charlie

Coup d'oeil sur cet article

Quelques réflexions, et des images qui me reviennent, après avoir passé quatre jours à Paris, de jeudi le 8 à lundi le 12 janvier.

Les enfants de la république
Que ce soit devant les locaux de Charlie Hebdo ou à la marche républicaine de dimanche, j’ai été bouleversée de voir autant de Français amener leurs enfants se recueillir autour des victimes de Charlie Hebdo. C’était important pour les adultes que leurs enfants comprennent ce qui s’était passé, et s’imprègnent des valeurs de la république. La scène la plus touchante a eu lieu Place de la république, où tous les soirs des Français se réunissaient. La statue au centre de la Place représente Marianne, entourée de trois statues Liberté, Égalité et Fraternité. Un lion représente le suffrage universel. J’ai vu ce père expliquer à ses enfants ce que signifiait chacun de ces symboles.

La peur des mots
Ce qui m’a le plus choquée pendant mon séjour c’est le refus, des médias, des politiciens, de nommer les choses. Deux hommes tuent 12 personnes en criant « Allah Akhbar, on a vengé le prophète » et certains refusent de parler d’attentat islamiste ? On ose nous dire que ça n’a rien à voir avec la religion ?
Un homme armé entre dans une épicerie cashère, tue 4 juifs, appelle une station de télé pour dire qu’il est là pour tuer des juifs, et certains persistent à ne pas vouloir prononcer le mot « antisémitisme » ? C’est un aveuglement volontaire?
On nous a parlé pendant plusieurs jours de la peur que l’islamophobie augmente en France mais on n’a pas dit un mot pour rappeler la tuerie de Toulouse en 2012. Un terroriste islamiste Mohammed Merad a tué quatre personnes, dont trois enfants, dans une cour d’école, dans des circonstances à vomir d’effroi.

Je veux juste vous rappeler les paroles de Samuel Sandler, qui a perdu son fils et ses deux petits-fils lors de la tuerie. « Mon petit cousin a été déporté à Auschwitz à l'âge de 8 ans en 1943. Je pensais que les enfants ne seraient plus assassinés en France, ou dans le monde. » Des jeunes juifs meurent encore en France, parce qu’ils sont juifs, Monsieur Sandler. Mais plus personne n’ose nommer les choses et appeler « antisémitisme » ce qui en est.

Non au silence
Jeudi dans toute la France, on a respecté une minute de silence sur le coup de midi. Mais à plusieurs endroits, des élèves dans les lycées ont refusé de respecter ce 60 secondes de recueillement.
Ce que j’ai entendu de plus choquant pendant mon séjour, ce sont les entrevues à la radio, avec ces jeunes.. Ils disaient tous une variation de : « Les gens de Charlie Hebdo ont couru après. C’était des provocateurs. Ils ont insulté le Prophète. Ils ont eu ce qu’ils méritaient. »
Ce comportement a tellement choqué les Français qu’une réunion d’urgence au ministère de l’Éducation a été convoquée lundi. Comment en 2015 des jeunes Français peuvent-ils refuser de se recueillir pour des compatriotes tombés sous les balles du terrorisme. Il n’y avait pas que les gars de Charlie, mais aussi des policiers, des employés.
C’est comme si, au lendemain de Polytechnique, des étudiants québécois avaient refusé une minute de silence pour les victimes, sous prétexte que les filles n’avaient pas d’affaire à aller étudier à Poly vu que ça choquait Marc Lépine.

Ville-Lumière
Anecdote: vendredi soir, en taxi, nous arrivons place de la Concorde. J’aperçois la tour Eiffel illuminée. Je me rappelle que plus tôt dans la journée on a annoncé que la Tour Eiffel serait éteinte à 20h, en signe de deuil pour les morts. Je regarde l’heure; 19h59. Le temps de traverser la place de la Concorde, on aperçoit, à travers les vitres du taxi, la célèbre tour s’éteindre. Paris n’était plus une ville Lumière.

Mon image de Paris
Je suis repartie de Paris avec, dans le fond de mon téléphone, cette image qui me restera: la plaque identifiant la rue où se trouvent les locaux de Charlie Hebdo. Et dessous, une affiche Je suis Charlie. J’espère juste qu’ils vont rebaptiser la rue pour honorer ces joyeux farceurs, partis beaucoup trop tôt.

Armé jusqu’aux dents
Lundi, ce n’était pas des policiers ni des gendarmes qui patrouillaient les allées de l’aéroport Charles-de-Gaulle mais des groupes de trois soldats, armés de mitraillettes. À la fois rassurant et angoissant. Le sentiment de quitter un pays en guerre.