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Le deuil au coeur

Le deuil au coeur
illustration johanna reynaud

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2015 débute violemment. Pour la France, pour le monde et pour moi. Peut-être même pour vous. Autour de moi, le deuil. On a perdu des gens importants. Et moi j'ai perdu une des personnes les plus importantes dans ma vie. La mort frappe à petite et grande échelle, en emportant mon grand-père au passage.

J’aurais voulu te protéger. J’aurais voulu te dire n’aie pas peur. J’aurais voulu te dire ce qui allait se passer. J’aurais voulu te dire qu’il y a quelque chose après. Et que c’est dans cet après qu’on va se retrouver.

Mais je ne sais pas. Je ne sais rien. Agnostique jusqu’au bout des orteils.

Apeurée de te laisser plonger dans le néant.

Triste de ne pas avoir de réponse à te donner­­.

Partir sans avoir trouvé de sens.

Et il faut continuer d’aimer en sachant qu’un jour, on va tout perdre.

Comprendre maintenant, cette douleur de perdre. Le deuil d’une partie de sa vie.

Et n’avoir aucune réponse à donner.

Je n’avais pas de réponse non plus avant ma rencontre avec la mort.

Celle qui prend tout, sans rien demander, sans avertissement.

Et maintenant que je l’ai vu s’emparer d’un être cher, elle me laisse avec encore plus de questions.

Morts injustes

2015 débute durement.

Des morts injustes, violentes, sanglantes. C’est le monde entier qui est en deuil, nous sommes tous là, impuissants, car impossible de revenir en arrière et de voir la mort arriver.

Je vis dans un monde où tout le monde va mourir, mais où certains accélèrent le processus. Où certains jouent à Dieu et s’emparent de la vie des autres. Pour un paquet de mauvaises raisons.

On se tue. Pour un dessin. Pour des idées. Au nom d’une religion. Pour l’argent­­. Par fanatisme. Par pure folie.

Sinon, c’est la maladie qui nous tombe dessus, comme une loterie, un cruel casino­­ où les gens gagnent trop souvent.

Et il y a ceux pour qui la vie est trop lourde à supporter. Et qui nous quittent avant le temps. Et qui laissent un entourage anéanti, qui passera le reste de son existence à se demander­­ «pourquoi?».

La mort avant le temps

Je me demande naïvement pourquoi on continue violemment de faire mourir les autres avant le temps.

2015 sera une année de deuil, pour moi, pour la France, pour le monde entier. Ce sera une année de deuils pour des dizaines de villages en Afrique. Et pour tous les autres. Peut-être même pour vous. On transporte tous un deuil en nous, qui nous alourdit, mais qui nous rappelle qu’on a aimé.

Le deuil est lourd, parce que la mort arrache tout, efface tout. C’est à se demander si tout ça a déjà existé. Et ça nous replonge dans un doute perpétuel et un questionnement existentiel sans fin.

Vous savez ce que je souhaite pour l’humanité?

Qu’un jour, on sache.

Qu’un jour, on comprenne.

Qu’un jour, on ait des réponses.

C’est antireligieux, de répondre aux questions. On doit accepter le mystère.

Mais si un jour, on sait, même si c’est pour apprendre qu’il n’y a rien après, peut-être qu’on arrêtera de mourir pour les mauvaises raisons.

Qu’elle soit violente ou normale, quand la mort frappe, elle tue un peu les gens autour.

Et quand on peut les accompagner dans la mort, on aimerait pouvoir leur dire:

«Accroche-toi. Tout va bien aller. Un jour, on se retrouvera. Juste pour se confirmer que tout ceci n’était pas vain. Qu’on s’est aimé pour continuer de s’aimer, qu’on a existé parce qu’il fallait qu’on existe. Que tout ça, n’est pas vain.»

Je ne sais où ils se trouvent, tous ces gens qui nous ont quittés début 2015, dans le cosmos­­.

Ma seule certitude c’est que mon grand-père, il est dans mon cœur.

À jamais.