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Clint Eastwood rate sa cible

Film de Clint Eastwood. Avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Kyle Gallner, Jake McDorman, Luke Grimes et Billy Miller

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Le film Tireur d’élite américain réalisé par Clint Eastwood n’est rien d’autre qu’une œuvre de propagande portant sur l’héroïsme des soldats de l’Oncle Sam et de l’enfer que ces derniers ont vécu durant la guerre en Irak.

Alors qu’une controverse bat son plein quant à l’authenticité des faits qu’il présente, Tireur d’élite américain se veut une biographie du commando SEAL de la marine américaine Chris Kyle.

Le scénario de Jason Hall s’appuie sur le succès en librairie American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History.

Kyle, décédé au Texas le 2 février 2013 à l’âge de 38 ans, a rempli quatre missions en Irak. Sa bravoure et ses aptitudes en tir d’armes à feu lui ont valu non seulement une cargaison de médailles et le surnom de «Légende», mais aussi l’inimitié des insurgés et des terroristes qui, mettant sa tête à prix, l’ont désigné comme le diable Ramadi.

Le film, tout comme le livre, suit ce qu’il a vécu avec ses camarades en Irak. On passe également à travers ses traumatismes et sur les effets néfastes de ceux-ci sur sa famille au Texas.

Eastwood fait l’hagiographie de Kyle. Prêtant ses traits à Kyle, Bradley Cooper joue avec beaucoup d’intensité et prend tout l’écran. Sienna Miller, quant à elle, joue dans une moindre mesure le personnage de Taya, l’épouse du commando.

Malgré le dévouement de Cooper à donner un visage humain à Kyle, les efforts de Miller à camper le personnage féminin et toutes les meilleures intentions d’Eastwood, Tireur d’élite américain rate sa cible.

À qui la faute? Elle revient en grande partie à Eastwood, dans sa réalisation «paresseuse».

Pourtant, le réalisateur nous a habitués à des chefs-d’œuvre comme Impardonnable, Mystic River et La fille à un million de dollars. Or, sa manière décontractée de filmer n’a pas porté ses fruits ici.

Fin abrupte

L’histoire racontée dans le film est répétitive et laborieuse. Rien n’est clair dans la transition de Kyle, de son passage de l’homme aimant à la machine à tuer qu’il est devenu. On ne comprend pas non plus comment il est passé d’une profonde dépression à cet instituteur pour d’autres soldats qui ont également souffert de choc post-traumatique. D’avoir apporté sa touche au scénario et d’en avoir réécrit des passages aurait été profitable au long-métrage.

Mais il y a pire... Tireur d’élite américain se termine de manière abrupte. La partie la plus importante du récit se déroule hors champ, précipitée dans les dernières lignes de la narration, juste avant le générique. Alors que certains y verront un signe de délicatesse, une retenue de bon goût, je suis pour ma part resté sur ma faim, devant une histoire inachevée.

En revanche, le film joue fort la carte de la propagande. Eastwood dépeint Kyle dans toute sa splendeur du héros américain. Avec 160 victimes sur 255 probables, le commando SEAL a bravement servi son pays. La mise en scène d’Eastwood s’apparente parfois à La matrice, une formule qui ne convient pas du tout au sujet.

La biographie de Kyle est beaucoup plus complexe quant aux faits qui ont été héroïques ou pas. Une dichotomie qui n’a pas trouvé sa place dans l’œuvre d’Eastwood. Le résultat manque de nuance et, donc, de crédibilité.