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De moins en moins d’apostasies à Québec

Seulement 46 personnes ont contacté le diocèse en 2014 pour renier leur foi chrétienne et renoncer au baptême

Jean Tailleur.
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL Jean Tailleur.

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Le diocèse de Québec a reçu moins de 50 demandes d’apostasie en 2014, une première en dix ans.

L’apostasie, c’est la démarche ultime du non-croyant qui prend la peine d’écrire à l’Église catholique pour être «débaptisé». En renonçant à son baptême, il pose un «acte formel de défection de l’Église», résume le chanoine Jean Tailleur, chancelier du diocèse de Québec, qui peine à identifier les raisons de cette nouvelle tendance à la baisse.

Seulement 46 personnes ont posé ce geste lourd de sens l’an dernier, comparativement à 87 en 2013. En 2010, dans la foulée de nombreux scandales sexuels impliquant l’Église, près de 300 athées - ou adeptes de nouvelles confessions religieuses - avaient confirmé par écrit leur rupture avec la foi chrétienne. Quatre ans plus tard, on en dénombre six fois moins.

Un lien avec l’actualité

«Il y a des cycles et c’est assez dur à prévoir. Il y a parfois des gens qui tentent d’expliquer ça par des éléments d’actualité, ce qui n’est pas faux, mais comme l’apostasie est un geste individuel, il n’y a jamais un mouvement de masse», confie-t-il en entrevue avec Le Journal.

«Est-ce qu’il y a eu un effet avec le nouveau pape ? Il est trop tôt pour le dire. Il faut aussi situer dans un contexte global où il y a moins de naissances donc moins de baptêmes», ajoute-t-il.

L’impact de la Porte Sainte ?

L’abbé Tailleur hésite à faire un lien entre la baisse d’apostasies et l’année 2014 exceptionnelle du diocèse de Québec, marquée par la nomination de l’archevêque Gérald Cyprien Lacroix comme cardinal et l’achalandage de touristes pour la Porte Sainte, cadeau du Vatican pour le 350e anniversaire de la paroisse Notre-Dame-de-Québec.

Il dit cependant avoir observé plusieurs pratiquants renouer avec l’Église à Québec l’an dernier, grâce à la Porte Sainte. «Beaucoup de gens nous disaient qu’ils n’étaient pas venus au sacrement du pardon depuis un certain nombre d’années, qu’ils étaient hésitants avant de venir à la Porte Sainte mais qu’ils rembarquent.»

Au-delà des impressions, il est difficile d’expliquer le phénomène puisque le diocèse ne dispose d’aucune statistique sur les motifs de l’apostasie. «On arrive très rarement à classer ça. Parfois, c’est l’actualité, mise en lien avec des évènements personnels. Certains disent qu’ils quittent l’Église mais qu’ils croient encore en Dieu mais veulent joindre un autre groupe. D’autres disent qu’ils croient toujours au Christ mais pas à l’Église.»

Lorsqu’il reçoit une lettre à cet effet, le diocèse tente de retracer le lieu du baptême et effectue des vérifications avec le paroissien avant d’accéder à sa demande. «On va s’assurer que les gens comprennent les conséquences de ça (notamment l’impossibilité par la suite d’avoir des funérailles religieuses). Lorsqu’on s’est assuré que la personne a toute sa tête, qu’elle est pleinement libre, on ordonne que ça soit inscrit en marge de son ordre de baptême.»

Retour en arrière

Parfois, les paroissiens qui désertent l’Église regrettent leur geste. Il est alors possible de faire marche arrière.

«Il y a des personnes qui font une démarche, un an, deux ans ou trois ans après, pour revenir après avoir apostasié. Nous avons à ce moment-là une démarche très personnelle, rarement publicisée. À ce moment-là, on va les accompagner, regarder leurs motifs qui les a amenés à quitter et ils sont parfois autorisés à refaire leur profession de foi et nous mettons une annotation pour signifier qu’ils ont réintégré l’Église.»

Confirmations d’adultes en hausse

Parallèlement aux apostasies, le nombre de baptêmes d’adultes connaît une légère hausse depuis quelques années alors que le nombre d’adultes confirmés augmente de façon importante. Les chiffres de l’année 2014 ne sont pas encore disponibles, mais le diocèse estime que plus de 400 adultes ont reçu leur confirmation l’an dernier. Le nombre d’adultes baptisés varie entre 13 et 35 par année depuis 2010.

Demandes d’apostasie à Québec

En 2014 : 46

En 2013 : 87

En 2012 : 76

En 2011 : 87

En 2010 : 286

En 2009 : 242

En 2008 : 89

En 2007 : 105

En 2006 : 89

En 2005 : 97

En 2004 : 47

En 2003 : 26

En 2002 : 37

En 2001 : 18

En 2000 : 15

En 1999 : 24

En 1998 : 34

En 1997 : 63

En 1996 : 54

En 1995 : 59

* Source : Diocèse de Québec