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Charlie : qui provoque qui?

Thousands attend a solidarity Je Suis Charlie rally in London's Trafalgar Square.
Peter Maclaine/WENN.com

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Plusieurs commentateurs, au cours des dernières semaines, ont déclaré que Charlie Hebdo n’aurait jamais dû «provoquer» les musulmans et qu’il aurait fallu que le magazine soit plus à l’écoute de la sensibilité particulière de cette religion.

Ah oui, vraiment? Permettez-moi de poser deux questions à ces bien-pensants.

LES CHRISTIANOPHOBES

En 1978, est-ce que ces commentateurs auraient reproché à Denise Boucher d’avoir «provoqué» les catholiques qui manifestaient devant le Théâtre du Nouveau Monde en osant montrer la Sainte Vierge et une putain dans sa pièce à scandale Les Fées ont soif?

En 1988, est-ce que ces commentateurs auraient reproché à Martin Scorsese d’avoir «attisé les tensions religieuses» avec son film La Dernière Tentation du Christ, montrant le Christ en couple avec Marie-Madeleine?

À Paris, un groupe de fondamentalistes chrétiens avait lancé des cocktails Molotov dans un cinéma parisien qui montrait le film, faisant 13 blessés, dont plusieurs grands brûlés.

Aucun de ces chroniqueurs, toujours prêts à débusquer l’islamophobie là où elle se trouve et à l’inventer là où elle n’est pas, n’aurait critiqué Scorsese et Boucher. Ils auraient défendu leur droit d’égratigner les religions.

Pour ces gens-là, quand des crackpots extrémistes se revendiquent d’une religion, on les condamne s’ils sont chrétiens et on les plaint s’ils sont musulmans.

DEUX POIDS, DEUX MESURES

Ça me fait penser au film The Interview. Un leader légèrement fêlé, Kim Jong-Un, furieux que Hollywood le représente de façon ridicule, menace les États-Unis.

Comment réagit la presse américaine? En disant haut et fort: «Ce dictateur ridicule ne nous dictera pas quoi montrer sur nos écrans!»

Pourtant, ces mêmes médias américains ont refusé de montrer la une de Charlie hebdo au lendemain des attentats. Ils ont donc accepté... de se faire dicter quoi montrer sur leurs écrans.

NANCY HUSTON ET LA BÊTISE

Quelques mots sur l’écrivaine franco-canadienne Nancy Huston, qui a déclaré au sujet des dessinateurs de Charlie Hebdo: «J’ai toujours détesté l’image des femmes et des homosexuels qui transparaissait dans leurs dessins, comme j’ai détesté le fait qu’ils publient les caricatures islamiques.»

J’aimerais savoir si Nancy Huston a aussi «détesté» que Salman Rushdie publie Les Versets sataniques, qui lui a valu une fatwa et qui lui vaut d’être sous surveillance policière depuis bientôt 30 ans parce que les ayatollahs lui reprochaient... de se moquer de l’islam.

Nancy Huston a aussi déclaré au sujet des attentats:

«Les garçons qui ont commis ces horreurs il y a quelques semaines étaient tous en difficulté bien avant de commettre leurs premières bêtises. La première bêtise a conduit à la prison; la prison c’est la meilleure école du crime. [...] Mais c’est nous, les Français, qui avons abandonné ces enfants-là.»

Autrement dit, la France a abandonné ces gentils êtres innocents et c’est la faute des Français s’ils ont pris la voie du terrorisme.

Nancy Huston sait-elle que les auteurs des attentats du World Trade Center étaient des universitaires, financièrement à l’aise, qui n’avaient pas de passé criminel?

Nancy Huston a qualifié ainsi l’humour de Charlie Hebdo: «C’est un humour qui trivialise, agresse, banalise, blesse, et je n’ai jamais vu l’utilité d’être bête et méchant.»

Le jour où l’humour sera consensuel, gentil, incolore et inodore, Nancy Huston sera-t-elle contente?