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«Ils étaient comme mes enfants»

Un ancien religieux accusé d’attentat à la pudeur sur cinq garçons dit n’avoir rien à se reprocher

Réjean Trudel
Photo d'archives

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SAINT-HYACINTHE | Un ancien frère mariste accusé d’attentat à la pudeur sur cinq garçons clame son innocence dans une entrevue exclusive accordée en attendant son procès.

Réjean Trudel, 71 ans, était le directeur adjoint du Patro Lokal, un centre d’hébergement dirigé par la communauté religieuse, qui accueillait des garçons de 12 à 17 ans ayant des problèmes familiaux.

Les présumées agressions se seraient produites de 1976 à 1982. Il a été arrêté en novembre après que cinq anciens pensionnaires eurent porté plainte contre lui pour des crimes sexuels.

Selon la requête visant à déposer un recours collectif contre les Frères maristes, il y aurait eu des caresses intimes, de la masturbation et de la fellation.

Rien à se reprocher

Réjean Trudel affirme aujourd’hui n’avoir rien à se reprocher. «Les jeunes à notre charge étaient comme nos enfants», indique-t-il.

Il affirme que les adolescents qui fréquentaient le centre d’hébergement mariste de Saint-Hyacinthe étaient, pour la plupart, des cas lourds. «Certains avaient des problèmes de drogue, d’alcool ou de santé mentale», a-t-il dit.

Selon l’ancien religieux, beaucoup de ces personnes n’ont toujours pas réglé leur problème aujourd’hui.

Ce n’est pas arrivé

«Je ne vous dirai pas que je suis coupable parce que les faits qui me sont reprochés ne sont jamais arrivés.»

Il souligne qu’une des présumées victimes aurait dit que les années passées chez les frères maristes étaient les plus belles de sa vie. «Pensez-vous vraiment que ç’aurait été le cas si je l’avais violée deux fois par jour, comme cette personne le prétend maintenant?», s’interroge-t-il.

Il ajoute que s’il s’était vraiment passé quel­que chose, ces personnes auraient pu se plaindre à la cuisinière, qui était un peu comme leur mère, et qui a été en poste pendant au moins sept ans.

 

Accusé d’attentat à la pudeur sur cinq présumées victimes, Réjean Trudel nie les gestes qui lui sont reprochés. Il vit aujourd’hui à Rawdon, avec ses deux chiens, dont Belle, un mélange de husky et de berger des Pyrénées.
Photo Le Journal de Montréal, Josée Hamelin
Accusé d’attentat à la pudeur sur cinq présumées victimes, Réjean Trudel nie les gestes qui lui sont reprochés. Il vit aujourd’hui à Rawdon, avec ses deux chiens, dont Belle, un mélange de husky et de berger des Pyrénées.

Rester distant

«Dans le temps, expose-t-il, pour un religieux, juste mettre la main sur l’épaule de quelqu’un pouvait être mal vu. Pourtant, certains jeunes nous sautaient parfois dans les bras pour nous faire une accolade et il fallait demeurer distant.»

Réjean Trudel dit avoir peu de contacts avec le frère Daniel Cournoyer, toujours chez les maristes, qui est aussi accusé au criminel et au civil dans cette affaire.

Une demande de recours collectif a été déposée en septembre contre la communauté mariste et les deux accusés. M. Trudel mentionne être défendu par un avocat des frères maristes, mais seulement pour la cause au criminel.

Pas d’amertume

Même s’il a dû être interrogé pendant 15 heu­res à la suite de son arrestation, M. Trudel dit n’avoir aucune amertume face aux personnes qui ont porté plainte contre lui. «L’une d’elles faisait des allégations sur Facebook et je l’ai même encouragée à porter plainte à la police», soutient-il.


« Normal dans une relation père-fils »

Selon la requête visant à autoriser un recours collectif contre les Frères maristes par plusieurs présumées victimes de Réjean Trudel, on peut lire «que certains religieux, qui agissaient comme parents auprès des jeunes du Patro Lokal, auraient utilisé leur position d’autorité afin de gagner la confiance des adolescents dans le but de commettre des abus physiques et sexuels.»

Selon les victimes, il y aurait eu caresses intimes, masturbation et fellations. Dans certains cas, les agressions sexuelles seraient survenues deux à trois fois par semaine sur une période

allant jusqu’à quatre ans. L’une des présumées victimes affirme qu’à l’époque on lui aurait dit que ce type de comportement était normal, dans le cadre d’une «relation père-fils».

Vie de moine

Réjean Trudel a quitté les frères maristes il y a environ 25 ans, mais il continue de mener une vie modeste. Selon un bulletin mariste auquel il collaborait en 2009, il aurait vécu de l’aide sociale et d’un maigre revenu de la régie des rentes du Québec. Il habite à Rawdon avec ses deux chiens Jessy et Belle.

Il dit que sa porte est ouverte à ceux qui ont besoin d’une oreille attentive. Il affirme avoir travaillé pendant quelques années à La Chaumière jeunesse, une auberge située au cœur de Rawdon qui héberge des jeunes adultes de 18 à 30 ans. «Parfois, des personnes qui ont vécu à cet endroit viennent me voir, juste pour jaser.»

Santé précaire

Depuis son retour à la vie laïque, Réjean Trudel a une santé très précaire. «J’ai eu une opération à cœur ouvert et quatre pontages, relate-t-il. Malheureusement, mes artères se sont rebouchées.» Il a également été victime d’un accident vasculaire cérébral. Il ne peut être opéré pour ses problèmes cardia­ques parce que son cœur est trop faible.

De plus, son diabète l’oblige à se piquer quatre fois par jour afin de s’administrer de l’insuline. «Dans ces conditions, avec tout ce qui arrive, je ne vous dis pas que c’est agréable, mais il faut vivre un jour à la fois et remercier le Ciel.»

Les frères maristes

Aussi connus sous le nom de Petits frères de Jésus, les Frères maristes comptent 125 membres au Québec. Grandement impliquée auprès des jeunes, cette communauté religieuse, qui avait pour mission de promouvoir l’éducation primaire dans les campagnes, a fondé une trentaine d’écoles dans la province. Le Patro Lokal de Saint-Hyacinthe, où se seraient produits la plupart des gestes reprochés, était un centre d’hébergement, qui servait de famille d’accueil à des jeunes garçons de milieux défavorisés en difficulté. Les frères maristes y tenaient le rôle d’autorité parentale.