/misc
Navigation

L’Islam du « gros bon sens »

Manifestation contre la charte des valeurs_18
EWAN SAUVES/24 HEURES/AGENCE QMI

Coup d'oeil sur cet article

Mes deux  blogues mis en ligne la semaine dernière sur l’affaire Hamzi Chaoui, cet imam controversé à qui la ville de Montréal a interdit d’implanter un centre culturel islamique dans Anjou, vous ont fait beaucoup réagir. Entre autres, parce que j’ai écrit que les prêches de l’Imam Chaoui (contre les gais et les athées, pour l’amputation des mains des voleurs et la lapidation des adultères) sont incompatibles avec « l’Islam moderne ».


« Islam moderne?????? Ça n’existe pas çà madame », m’a écrit Sylvain7. C'est « faire l’apologie d’une secte de masochistes de dire que l’Islam est moderne... » a renchéri Zarathoustramp «  Il est où cet Islam? Invisible... m’a fait valoir Maxime 15... Cou donc!?... Ma propre perception de l’Islam est-elle à ce point divorcée du réel?..


Mon ami Hadi


J’ai décidé de faire appel à un ami à moi, un jeune musulman dans la trentaine qui, justement, correspond à ce que je considère être « l’Islam moderne », l’Islam que je croise régulièrement, il me semble, dans les rues de Montréal.  Aux fins de ce billet, je l’appellerai Hadi.
Hadi a quitté son Maroc natal à 17 ans pour venir étudier en français au Québec. Coup de foudre pour la Belle province. Il s’en dit aujourd’hui « un fier citoyen ». Il travaille dans le secteur public, est pratiquant à sa manière, apprécie le bon vin et, comme il le dit lui-même, rajoute « du bacon à son hamburger de viande non halal »!


Un petit courriel, donc, envoyé, en début de semaine. Cher Hadi, comment décrirais-tu  l’Islam moderne?


En fait, à ma grande surprise, Hadi, un peu comme plusieurs d’entre vous, n’est pas à l’aise avec le concept d’Islam moderne.


«cette expression laisse maladroitement penser que l’Islam a besoin d’être altéré pour être compatible aux normes sociétales québécoises. C’est drôle, je n’ai jamais eu ce sentiment... »

 

Il admet que tout ce débat est extrêmement complexe et affaire de sémantique.


« je dirais que  l’Islam dit moderne est en fait l’Islam du « gros bon sens », celui qui prône un ajustement à la réalité québécoise, qui reposerait plus sur la spiritualité que sur l’identité »

Vous l’avez déjà deviné, Hadi est un jeune homme instruit et informé. Il a d’ailleurs suivi de près le débat sur les accommodements raisonnables en 2007 et celui sur la charte des valeurs l’an dernier. Quant à leurs volutes nauséabondes, il affirme qu’elles ne correspondent pas à son expérience personnelle.


« Les Québécois(es), pour moi, ne sont ni racistes, ni xénophobes, ni ignorants. Ils ont une préoccupation légitime à l’égard de ce qu’ils jugent être un retour de la religion dans la sphère publique... Mais de grâce, ne stigmatisons pas et ne marginalisons pas des communautés, musulmanes ou autres, au risque de créer une fracture qui mettra des générations à se soigner »

 

Il conclut d’ailleurs son courriel en me parlant de son amour pour le Québec. Un amour qui s’explique par le fait que « je m’y sois très vite senti chez moi; je m’y suis senti bien accueilli ».


99,9 pour cent des Musulmans


Dans la foulée de l’affaire de l’imam Chaoui, je citais aussi dimanche dernier le Président Obama, en entrevue le jour même à CNN, selon qui 99,9 pour cent des Musulmans à travers le monde embrassent des valeurs de paix, d’ordre et de prospérité. J’écrivais qu’évidemment, rien ne permet de croire que la communauté musulmane du Québec échappe à cet indice proportionnel...


À la lecture du courriel de mon ami Hadi, de ses propos tout en nuances, remplis de sagesse, de respect de l’autre et, justement, de gros bon sens, je le crois encore plus. Et j’ai davantage la conviction profonde que notre communauté musulmane apporte une richesse inestimable à la société québécoise.