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Brian Williams, «victime» du marketing télé?

Brian Williams, «victime» du marketing télé?
REUTERS

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Le chef d’antenne vedette de NBC Brian Williams sera-t-il éjecté de son prestigieux siège de lecteur de nouvelles pour avoir menti sur sa présence dans un hélicoptère sous attaque pendant la guerre en Irak? Alors qu’ils sont de plus en plus nombreux à le croire aux États-Unis, un bonze du monde de l’information télévisée américain prend publiquement sa défense.


David Westin fut le grand patron de la division des nouvelles du réseau ABC de 1997 à 2010. Il a dirigé, entre autres, les monstres sacrés Peter Jennings, Diane Sawyer, Charles Gibson et Christiane Amanpour.


Dans une entrevue au Huffington Post, ce lundi, Westin a soutenu que Brian Williams est à moitié à blâmer pour son fiasco professionnel. L’autre moitié étant la nature actuelle de l’industrie aux États-Unis.


Westin déplore en effet une tendance lourde en info télé depuis 15 ans chez nos voisins du sud. La tendance au marketing des journalistes et présentateurs de nouvelles, afin d’en faire des « images de marque » à tout prix.


« C’est rendu qu’on construit autour des reporters et chefs d’antenne, de manière à ce qu’ils deviennent une partie importante des histoires qu’ils racontent. Au lieu de les envoyer couvrir des événements dangereux et de leur demander de nous raconter ce qui se passe, on leur demande trop souvent de se mettre au centre de l’histoire...»


Bref, on exige des reporters et chefs d’antenne, jadis observateurs objectifs de l’actualité, d’en être aujourd’hui les vedettes...


Brian Williams est en congé des ondes pour plusieurs jours, le temps que NBC tranche sur son cas épineux. Une enquête interne est en cours afin de déterminer si le chef d’antenne a aussi « exagéré » la réalité dans la foulée de sa couverture de l’ouragan Katrina en 2005 (il a raconté avoir vu des cadavres flotter à la surface de l’eau depuis sa chambre d’hôtel du quartier français de La Nouvelle-Orléans, ce qui parait impossible aux autorités de la ville). On le soupçonne également d’en avoir « beurré épais » quand il a rapporté s’être trouvé près de tirs de roquettes du Hezbollah alors qu’il couvrait le conflit israélo-libanais en 2006...


Williams s’est-il retrouvé malgré lui, le bras pris dans le tordeur de son industrie? Est-ce la tendance lourde au marketing télé qui a fait du chef d’antenne un mythomane? Et si oui, est-ce que lui vaut d’être mis à la porte par NBC?


L’excellent éditorialiste du New York Times David Carr, spécialiste du monde des médias, soutenait dimanche que Brian Williams ne mérite pas de perdre son emploi. Parce que, selon lui, ses « distorsions de la réalité n’étaient pas une partie fondamentale à ses principales responsabilités ».


Évidemment, cela est discutable...


N’empêche, Carr conclu de la sorte :


«On demande à nos chefs d’antennes d’être partout, d’être formidablement célèbre, drôle, terre-à-terre, et surtout, digne de confiance. C’est une description de tâche impossible à remplir ».


J’avoue qu’il y a là matière a réflexion...