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Un père endeuillé craint la réforme dans le réseau de la santé sur les médecins.

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Photo Courtoisie La détresse chez les médecins demeure un tabou. L’automne dernier, le suicide d’une résidente de 27 ans, Émilie Marchand, a été l’élément catalyseur du projet-pilote qui pourrait être mis sur pied dans les prochains mois.

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Les parents d’une résidente en médecine qui s’est enlevé la vie l’an dernier craignent que la réforme dans le réseau de la santé mette encore plus de pression sur les jeunes médecins.

«Dans le contexte actuel, ça va sûrement augmenter la charge de travail, déplore Richard Marchand, dont la fille Émilie s’est enlevé la vie. On ne s’attaque pas à la racine du problème. On demande aux médecins d’en faire plus, mais on ne leur donne pas les outils.»

Plus de détresse

«C’est sûr que ça va entraîner de la détresse, surtout si la personne est fragile au départ», ajoute la mère, Dominique Couture.

Émilie Marchand, une résidente en médecine interne de 27 ans, a mis fin à ses jours le 19 novembre dernier. Quelques jours plus tôt, elle avait reçu une évaluation insatisfaisante de la part de son superviseur de stage. «Ç’a été la goutte qui a fait déborder le vase», dit son père.

Parallèlement au stress créé par la médecine, la jeune femme avait reçu un diagnostic de trouble de personnalité limite, en 2013. À deux reprises, elle avait été hospitalisée durant plusieurs mois.

Or, même si Émilie Marchand avait des problèmes de santé mentale, jamais elle n’a osé en parler à son entourage.

«Elle ne voulait surtout pas que ça la désavantage au niveau de son travail, qu’elle adorait. À part quelques collègues près d’elle, personne n’était au courant, et c’était voulu.»

Résidents à bout

À la suite de ce décès, un projet-pilote pourrait voir le jour à l’Université de Montréal pour réduire les tabous et la détresse des résidents (voir autre texte).

Dans le contexte où le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, souhaite obliger les médecins à prendre en charge plus de patients par le biais du projet de loi 20, M. Marchand craint les conséquences sur les jeunes médecins.

«Les résidents sont à bout physiquement et mentalement. Le message que j’entends avec la réforme en santé, c’est que les médecins ne travaillent pas assez. Le problème part de très, très haut.»

«Un suicide, c’est un de trop, ajoute Mme Couture. Plus ils vont travailler, plus ils vont stresser, moins ils vont dormir. Ils risquent de faire des dépressions et de ne pas pouvoir s’en sortir.»

Médecine complexifiée

Après le suicide d’Émilie Marchand, le Dr Barrette avait d’ailleurs réagi en soulignant que la pression sur les résidents est moins forte qu’il y a 15 ans. Un commentaire qui avait beaucoup surpris M. Marchand.

«Au contraire, moi j’entends que la médecine s’est beaucoup complexifiée, avec les progrès qui se font», souligne ce père, qui croit que tout le système d’encadrement des résidents doit être revu.


 

Vers un projet-pilote pour les résidentsen détresse

 

Un projet-pilote qui vise à éliminer l’intimidation et soulager la détresse des résidents en médecine pourrait être implanté dans les prochains mois, à l’Université de Montréal (UdeM).

«Il y a une culture médicale à changer, dit le Dr Robert Avram, président de l’Association des médecins résidents de Montréal. Il y a un problème et il va falloir l’attaquer.»

Dr Robert Avram
Association des médecins résidents
Courtoisie
Association des médecins résidents

Suicide de trop

La détresse professionnelle vécue par les médecins n’est pas un phénomène nouveau. Or, le suicide d’Émilie Marchand a été l’événement catalyseur du projet-pilote, selon le Dr Avram.

«Au moins, son décès aura servi à faire avancer les choses», réagit la mère d’Émilie, Dominique Couture.

L’idée du projet est de diviser les 1500 résidents de l’UdeM en groupes de 10, qui devront obligatoirement tenir une rencontre mensuelle.

Chaque groupe serait supervisé par un professeur de médecine de l’Université. Le but des rencontres serait de susciter la discussion entre les médecins sur ce qu’ils vivent (intimidation, stress, etc.).

Bonne ouverture

Pour Richard Marchand, cette idée est un pas dans la bonne direction.

«Mais j’ai quand même des doutes. Je ne pense pas que ça aurait aidé ma fille à s’ouvrir. C’est une mesure qui m’apparaît timide par rapport au problème.»

Ce dernier salue toutefois la réaction de l’Université après le suicide de sa fille.

«On voyait qu’il y avait une grande ouverture pour trouver des solutions», ajoutant qu’une autre option était d’assigner un psychologue aux résidents.

À ce sujet, la direction de l’Université de Montréal confirme que le projet est présentement à l’étude, mais aucune date n’a été confirmée pour le début du projet-pilote.