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Le premier policier accusé en 2015, pas le dernier

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Photo d’archives Scène finale à Ste-Adèle

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Policier accusé, pas le dernier !

Au lendemain du dépôt des accusations contre un policier de la Sûreté du Québec, les commentaires vont bon train. Que l’on soit pour ou contre, personne ne reste indifférent, c’est sûr. Rappelons les faits. À Ste-Adèle, fin janvier dernier, un véhicule rapporté volé est repéré par un patrouilleur de la SQ. Une courte poursuite s’engage pour se terminer dans le stationnement d’une polyvalente.

Selon la version policière, le conducteur aurait foncé sur le patrouilleur, provoquant une riposte mortelle de sa part. Le conducteur, âgé de 17 ans est atteint à deux reprises. Il décède dans les heures suivantes.

Des témoins sur place racontent une toute autre histoire. Le jeune homme était sur le point de se rendre quand le policier a fait feu, l’atteignant au cou et au thorax selon les informations obtenues.

Deux versions contradictoires qui s’affrontent dans le cadre d’une enquête indépendante menée par le SPVM. On sait maintenant ce que le représentant du Directeur des poursuites criminelles et pénales DPCP a obtenu comme dossier. À la lumière des faits rapportés par les enquêteurs et après avoir analysé les gestes et actions posés par le policier, il vient à la conclusion qu’un crime a été commis et dépose une accusation d’homicide involontaire. Voilà pour la petite histoire. Les procédures judiciaires sont amorcées.

Peu importe la voiture volée, la poursuite, l’âge de la victime ou encore sa réputation, la question à se poser demeure quand même la suivante : Est-ce qu’une vie était en danger quand le policier a fait feu ? La Cour aura à le décider.

Ce qui est inhabituel ici est le fait qu’un policier soit accusé au criminel au terme d’une enquête indépendante. Depuis des années, on peut le constater quand on regarde les statistiques du site internet du ministère de la Sécurité publique, rarement des accusations sont déposées contre les policiers.

Le vent change

Les critiques à l’égard des services de police sont de plus en plus nombreuses ces dernières années. Le gouvernement a même mis en place le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) afin de permettre à la population de retrouver une certaine confiance en ses policiers. C’est aussi une question de transparence. Ce Bureau devrait être fonctionnel au cours des prochains mois.

En revenant à Ste-Adèle, une situation qui aura pris quelques secondes sera revue, analysée et étudiée pendant des jours et des semaines lors des procédures judiciaires. Fini le temps où la police semble s’en tirer impunément, sans avoir de compte à rendre.

Un policier reconnu comme étant un des meilleurs de son groupe, formé à réagir à la menace, aura peut être posé un geste de trop dans le feu de l’action. C’est devant un juge que le débat se déplace maintenant. La scène va livrer ses secrets, le rapport d’autopsie va faire parler la victime dans ses derniers moments de vie. Les différentes versions seront décortiquées à la virgule près. Ce sera un exercice difficile, mais nécessaire, autant pour les témoins que les policiers impliqués. L’important reste que la vérité doit être exposée, pas les perceptions. Il est difficile de prévoir l’issue de ces procédures.

Au suivant

C’est le premier policier accusé au criminel cette année pour des gestes survenus dans l’exercice de ses fonctions. Ce ne sera pas le dernier cependant. Le prochain devrait être celui impliqué dans l’accident mortel survenu en février à Longueuil dernier quand un membre de la SQ conduisant une voiture de filature a heurté une autre voiture, tuant un bambin de 5 ans.

Je le sais, la décision n’a pas été rendue. Mais quand la décision du DPCP de ne pas porter d’accusations dans un premier temps se transporte dans les mains d’un comité chargé de revoir le tout, il ne fait pas de doute dans mon esprit. Il faut que la perception d’une faute grave et criminelle impunie se transforme en une analyse complète et détaillée. Sinon on peut assister à toute sortes de dérapages. Encore là, il apparaît que la seule instance pouvant le faire hors de tout doute soit une cour de justice. Il faudra cependant accepter le verdict, quel qu’il soit.

En attendant, vivement la mise en place du Bureau des enquêtes indépendantes. On l’attend depuis trop longtemps déjà.