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Un ex-motard métamorphosé

Marcel «Le Maire» Demers mène une vie rangée de plombier au pénitencier où il est détenu

Marcel Demers
Photo d'archives René Baillargeon Marcel «Le Maire» Demers semble avoir changé du tout au tout au cours des dernières années.

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Rongé par les remords, l’ex-numéro 2 des Rock Machines, un des rares qui était en contact avec le tueur à gages Gérald Gallant, est devenu un homme nouveau en prison, où il mène une vie rangée de plombier.

Après avoir semé la peur et décidé impitoyablement qui devait vivre ou mourir pendant la guerre des motards, Marcel «Le Maire» Demers semble avoir changé du tout au tout au cours des dernières années.

En janvier 2013, l’ex-Rock Machine avait plaidé coupable à une accusation de complot, reconnaissant ainsi avoir commandé 12 meurtres au tueur à gages Gérald Gallant, devenu délateur. Il avait alors écopé de 20 ans de pénitencier.

Des remords

Dans un rapport de la Commission des libérations conditionnelles du Canada obtenu par Le Journal, les commissaires saluent les progrès accomplis depuis par l’ex-motard. «Vous semblez concerné par les répercussions de vos actions et parfois même fortement envahi par les remords», soulignent-ils.

Demers a également entrepris une démarche thérapeutique avec une psychologue. «Vous étiez envahi par la culpabilité et le remords depuis plus d’un an et vous n’arriviez pas à gérer adéquatement vos émotions. L’audience a permis d’observer le regret et les remords quant au "mal que vous avez fait faire et au mal que vous avez fait"», lit-on.

D’ailleurs, en plaidant coupable en janvier 2013, Demers avait présenté ses excuses à la famille de Luc Bergeron, un jeune détective père de famille tué par erreur après qu’il eut donné le mauvais numéro de plaque d’immatriculation à Gérald Gallant. Cette fois-là, la cible aurait plutôt dû être Jonathan Robert, un full patch des Hells Angels.

«À l’audience, la Commission a observé votre émotivité et votre fragilité dès qu’il est question des familles des victimes», poursuivent les commissaires.

Permissions de sorties

Après avoir gravi les échelons du crime organisé jusqu’à son sommet entre 1982 et 2000, Demers s’est désaffilié de tous les groupes et a fait disparaître tous ses signes d’appartenance.

Il travaille maintenant depuis un an au département de plomberie du pénitencier où il est détenu, où son rendement est qualifié d’excellent.

Compte tenu de ses progrès et du fait qu’il n’a jamais brisé ses conditions de remise en liberté, Demers pourra désormais bénéficier de sorties de 72 heures pour voir sa famille.

4 dates importantes

 

  • 1996 - Demers est victime d'une tentative d'assassinat commandé par les Hells Angels.
  • 1999 - Cible d'une seconde tentative de meurtre.
  • 2001 - Condamné à neuf ans de pénitencier pour trafic de stupéfiants.
  • 2009 - Arrêté dans le cadre du projet Baladeur à la suite des révélations de Gérald Gallant.

 

Les révélations de Gérald Gallant

Après que Louis «Melou» Roy ait survécu à un attentat, Marcel Demers était «fier pareil», selon le tueur à gages. «C'est pas grave, t'as tiré le numéro 2 des Hells Angels, ils vont prendre ça dur en maudit», lui avait dit Demers en lui remettant la somme promise, soit 20 000$.

Pour assassiner Maurice «Mom» Boucher, Demers avait versé une avance de 10 000 $ à Gérald Gallant.

À la suite du meurtre de Bruno «Cowboy» Van Lerberghe, un full patch des Hells du chapitre de Québec, abattu en plein jour au Resto-Broue du boulevard Père-Lelièvre, Demers était si fier qu'il avait serré Gallant dans ses bras. «Il m’a dit: “Enfin, une patch! N’importe quand, si tu veux être membre des Rock Machines, tu peux n’importe quand, je te donne tes patchs». Je lui ai dit merci, mais j’ai refusé», a déclaré Gallant.

Gallant dit avoir reproché à Marcel Demers de s’être trompé en lui fournissant la plaque d’immatriculation du véhicule de Luc Bergeron plutôt que celle du Hells, lorsqu’ils ont convenu du contrat. «J’ai dit, c’est le numéro de plaque que tu m’avais donné (...), moi j’ai simplement suivi l’automobile qui avait cette plaque-là. L’erreur vient pas de moi, l’erreur vient de toi ou de tes informateurs. C’est ta responsabilité. Ce monsieur-là avait pas d’affaire à se faire tuer.

C’est un meurtre gratuit, pis je veux pu que ça arrive.» Gallant a tout de même eu droit à 20 000 $ pour cet attentat bâclé dès le départ.