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Alex Harvey vice-champion du monde

Le fondeur épate la galerie au sprint individuel des championnats du monde en Suède

Northug of Norway celebrates winning the men's cross-country 1.4 km classic sprint final race at the Nordic World Ski Championships in Falun
Photo Reuters

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FALUN | Grâce à un effort d’anthologie dont il se réserve le secret, Alex Harvey s’est approprié un autre chapitre de l’histoire canadienne du ski de fond en décrochant la médaille d’argent du sprint individuel des championnats mondiaux hier à Falun, en Suède.

Le style classique de l’épreuve se prêtait bien au type de victoire que le Québécois a signée devant un parterre suédois gagné à sa cause en raison de la présence de trois Norvégiens en finale, ennemis jurés dans le langage de ce sport. Dans une fin justement classique des grandes occasions, Harvey a fondu sur les plus grosses pointures ­mondiales du sprint.

«Northug, Harvey, Northug, Harvey», s’époumonait l’annonceur maison. Photo d’arrivée requise!

«C’est pour vivre des journées comme celle-là que je m’entraîne si dur. Pendant que tu t’entraînes, tu te vois skier sur le parcours des championnats du monde, arriver sur les derniers 100 mètres à égalité avec les autres gars et leur montrer que tu t’es entraîné plus fort qu’eux», a commenté fièrement le vice-champion qui, sur des deux jambes, s’est penché pour féliciter le champion Petter Northug, étendu dans la neige.

Troisième médaille

Le Québécois venait de faire la démonstration qu’il est l’un des meilleurs au monde dans les doubles poussées ultimes. À cinq centièmes de seconde du Norvégien Northug sur qui il revenait, Harvey a laissé en plan de gros canons de cette industrie du sprint: le Norvégien Ola Vigen Hattestad, impérial à cette épreuve aux Jeux de Sotchi, et le Russe Nikita Kriukov, champion du monde en titre et champion olympique à Vancouver.

Ce métal d’argent vient compléter un trio pour le skieur de Saint-Ferréol après la médaille d’or du sprint par équipe à Oslo en 2011, suivie de celle en bronze au sprint individuel à Val di Fiemme en 2013.

«Je pense que oui. Le faire championnat après championnat démontre que je suis capable de me préparer quand c’est le temps d’être au top», a-t-il exprimé.

«Ma médaille d’Oslo est la plus grande puisque c’était un titre de champion du monde, mais celle-ci n’est pas loin derrière. C’est ma meilleure performance individuelle. Une médaille d’argent, c’est extraordinaire, mais un titre de champion du monde demeure une coche au-dessus», a toutefois reconnu le médaillé de 26 ans, pour qui l’accent de ces mondiaux porte d’abord sur les épreuves de 30 et 50 km.

Dans cette marée scandinave du jour, marqué de quatre podiums de Norvège et un de Suède au total des hommes et des femmes, un Québécois a eu le culot d’y apposer sa touche.

«Il vient de monter une autre marche. Il avait une médaille de bronze, mais là c’est encore plus gratifiant. Il ne reste qu’une marche à monter», a souligné son entraîneur Louis Bouchard.

Message à Northug

Empiéter sur le terrain de jeu de ­Northug comme il vient de le faire, ­Harvey pourrait avoir laissé un message au Norvégien, qui s’est promis de narguer sa nation voisine par ses résultats. Le coup du Québécois avait une connotation du genre: on se reverra au 30 km de samedi 21 février et au 50 km du dimanche 1er mars.

«Il n’y en a pas beaucoup qui sont capables de le suivre dans le dernier droit et presque le remonter. Ça aussi c’est une victoire pour moi», a savouré ­Harvey.

 

Des farteurs « bien payés » au septième ciel

FALUN | Sujet maudit aux Jeux olympiques de Sotchi, le fartage en est devenu un plus joyeux un an plus tard en Suède.

Quand les farteurs se sont rués vers l’arrivée pour sauter dans les bras d’Alex Harvey, on a compris comment une victoire peut ­récompenser les mauvais souvenirs.

«Après chaque course, Alex nous disait: mes skis sont bons. C’est gratifiant pour nous. C’est sûr que lorsqu’on merde, on est piteux. On n’est pas payés pour faire de la merde, on est payés pour livrer de bons skis. Aujourd’hui, ben, on a été payés!» a illustré le technicien en chef de l’équipe canadienne, Yves Bilodeau, en parlant du résultat.

«Sotchi, c’est Sotchi. Ici, c’est ici», a ­commenté plus humblement Micke Book, farteur attitré aux skis du vice-champion du monde.

«En premier, l’équipe de farteurs, a identifié Harvey pour diriger ses premières ­pensées.

Une cinquième épreuve ?

«Les gars travaillent tellement fort. C’est ingrat comme travail. Il faut avoir de bons skis pour espérer être dans la game et quand les skis ne sont pas bons, c’est la ­catastrophe.

«Les farteurs sont les premiers à se lever, les derniers à se coucher, ils sont dans leurs bottes mouillées à journée longue, avec leurs vêtements détrempés de sueur. Ils mangent des chips pour dîner ou des morceaux de pain parce qu’ils n’ont pas le temps de prendre un vrai repas.»

Ce podium laisse croire qu’Alex Harvey ajoutera finalement une cinquième épreuve à son horaire des Mondiaux. Il se rapproche d’une présence au sprint par équipe de dimanche, d’autant plus que Lenny Valjas a livré des indices encourageants à l’épreuve individuelle.

«Je vais voir comment je me sens après le 30 km (samedi). Si j’ai encore de l’énergie, c’est sûr que je vais le faire», projette-t-il.

«Je pense qu’il pourrait y avoir une médaille à notre portée, avance Valjas. Alex est dans une forme folle. Je me suis bien senti aujourd’hui (hier) et j’ai juste manqué un peu de puissance dans mes doubles poussées à la fin, mais je serai prêt pour le sprint par équipe.»

 

De courtes célébrations

FALUN | «C’était bien le fun, sauf que j’ai une course dans deux jours.»

Alex Harvey venait pourtant de bondir de joie, les poings dans les airs, sur la scène déployée sur la Stora Torget, l’immense place au centre-ville de Falun. L’horloge de l’église Kristina marquait 20 h 30 quand il a tendu le cou pour recevoir sa médaille d’argent du président de la Fédération internationale de ski, Gian-Franco Kasper.

L’air gamin de circonstance a duré le temps de la cérémonie. Déjà, à sa sortie, le vice-champion mondial du sprint individuel avait le regard tourné vers le skiathlon de 30 km de samedi, son principal objectif des Mondiaux avec le 50 km du dimanche

1er mars. Même pas le temps de savourer un peu le moment?

«Je sais que c’était super, mais je vais tirer les conclusions quand les championnats seront finis. Quand ça arrive (un podium) à la fin des mondiaux, j’imagine que tu peux plus l’apprécier», a-t-il partagé après avoir lâché son fou avec l’équipe de farteurs pour les besoins d’une photo.

Une maman fière

Dans la mer de drapeaux norvégiens et suédois qui coloraient la foule de quelque 2000 personnes, une touche québécoise se faisait discrète. Une touche maternelle, surtout.

«Plus Alex avance en expérience, plus il en veut. Ce ne sont pas seulement ses podiums qui me rendent le plus fière, mais de savoir qu’il continue à progresser et qu’il soit satisfait d’avoir tout donné. Aujourd’hui (hier), il aurait pu finir sixième qu’on aurait quand même été contents», disait Mireille Belzile, une mère partagée avec son rôle de médecin de l’équipe canadienne.

Alex Harvey s’est couché plus tard que prévu au terme de cette folle journée. Quand on l’a laissé, il parlait comme un homme qui avait pourtant le goût de remonter sur cette estrade durant la prochaine semaine...